ACTE DEUXIÈME
Noire cœur, malgré nous, brûla des mêmes feux. Et la blonde Vénus nous a perdus tous deux... -Mais plutôt vengez-vous! A ma tante fidèle, .le mourrai trop heureux, mourant à cause d'elle. J'emporterai là-bas l'odeur de ses baisers, Et peut-être les dieux, par ma mort apaisés, Voudront se contenter de cette humble victime. Voici mon sein, frappez! Je confesse mon crime l"]f. doux, je bénirai la main par qui je meurs.
r.VRIS, le prenant par Toreille.
Debout, clampin! Et va te faire prendre ailleurs!
A Hélène.
Mais vous, madame, vous! Quelle impudence extrême...
HÉLÈNE
Hélas! c'est un enfant. Son innocence même, Sans nul doute, ignorant l'amour et ses effets. Prit des rêves confus pour de réels forfaits.
l'.VRlS, furieux.
Et moi, je dis...
PRI.XM, sévère.
Il est contre la bienséance, Mon cher fils, de troubler si souvent la séance. Hélène vous adore; elle quitta pour vous Sa patrie et ses dieux, ses frères, son époux : Que vous faut-il de plus?
P.YRIS.
Mais... je...
PRI.\M
Veuillez vous taire.
LE GR.VXD-PRÈTRE.
Bien dit. Mais écoutez un conseil salutaire. L'illustre roi Priam a quelque nouante ans...
Pas encor.
LE GRAND-PRÊTRE, continuant.
Certc, il a passé depuis longtemps LYigc ardent des amours et des voluptés vaines. Et son sang rafraîchi coule en paix dans ses veines. Ce qui coûte aux mortels adultes tant de pleurs, Les violents désirs, artisans de douleurs, Par le bienfait des ans, lentement, sans secousse, Chez lui se sont mués en paternité douce. Nul ne soupçonnera ce vieillard vertueux D'avoir osé lever un œil incestueux, Ou peu s'en faut, sur la compagne et la maîtresse D'un fils dont il n'a point détourné sa tendresse.
A Priani.
Roi sage, en qui Tesprit de Zeus est reflété, Offrez le sacrifice et sauvez la cité.
Vous venez de parler, grand-prêtre, à la légère.
Sur plus d'un front chenu la neige est mensongère.
Hélas! tant que la mort ne le vient pas transir,
L'homme ne peut se croire affranchi du désir :
Jusqu'en nos vieilles chairs nous sentons cette griffe-
Vous avez célébré ma sagesse, ô pontife.
J'observai dans mes mœurs la modération.
Je m'en flatte, et j'offris au peuple d'IIion
L'exemple soutenu des vertus conjugales.
C'est pour cela qu'aux mois où chantent les cigales,
Ému comme jadis des odeurs du printemps,
Je renais et, par Zeus! j'ai quatre fois vingt ans!
Suis-je donc si cassé, si décrépit en somme.
Si défait, si croulant. ..Vous vous trompez, jeunehommel.
Toutefois, j'en veux bien convenir, vos avis
Eussent été par moi fidèlement suivis.
Sans les réflexions qu'il vous a plu d'y coudre.
LE GRAXn-PRÊTRE.
Seigneur, au nom du dieu qui gouverne fa foudre...