‹ Théâtre de Jules Lemaître. - (volume 2)Chapitre 24 sur 228 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

MAUBERT

Mais qui est-ce qui gagne alors? Le baron?

ALVAREZ

Dame!

MAUBERT

Ce n'est pas sérieux. Ça ne peut pas être sérieux Attendez.

ALVAREZ

Attendre quoi?

MAUBERT

Mais vous ne savez donc jamais rien, mon pauvre Alvarez?... Vrai! pour un diplomate...

ALVAREZ

Je sais interroger.

MAUBERT

Avez-vous lu le Figaro de ce malin? (u prend un journal

sur une table. Lisant :) « Cliasse à COUrrC, hier, à Mout-

clairin, le magnifique domaine que le baron Grïmig possède, comme on sait, aux environs de Meaux. Son Altesse royale le prince Otto dAlfanie conduisait la chasse. Les honneurs du pied ont été faits à la duchesse de Beaugency. Le soir, un grand dîner réunissait les hôtes du baron dans la célèbre galerie des Primatice. Remarqué, parmi l'illustre assistance, le marquis de Baule, le baron et la baronne Onan, le comte et la comtesse de Messas, le vicomte de Mizian, le duc et la duchesse de Villorceau, et M. Dubois (de l'Eure .

ALVAREZ

Eh bien?

MAUBERT

Savez-vous à combien revient au baron Grïmig un petit « écho » de ce genre? A deux ou trois cent mille

francs, tout compte fait. Soit cinquante ou soixante mille pour l'ensemble des frais de réception et, chaque soir, une quarantaine de mille francs pour le jeu du prince Otto. C'est une vieille convention, à laquelle le baron est trop honnête pour manquer. Tous ces genslà le savent bien.

ALVAREZ

Des gens si chics?

Mon Dieu, oui. (indiquant, l'un après l'autre, les joueurs de

la salle du fond.) Vous avcz là le duc de Beaugcncy, ce vieux gamin rose, à nez de soubrette sur une barbe blanche en éventail. Il y a cinquante ans qu'il fait la fête, mécaniquement, comme un employé va à son bureau; toujours sans le sou, brûlé chez tous les usuriers, réduit à pratiquer Tescroquerie de famille, à acheter des chevaux, des tableaux, des vins ou des bijoux qu'il revend à quart de prix, sûr que la duchesse finira par payer, crainte du scandale. Voilà le petit marquis de Baule qui, marié à la fille du baron Onan, n'a pu éviter le régime dotal, et à qui sa femme refuse jusqu'à l'argent de ses cigares, ^'oilà Desraviers, homme de sport, sans ressources connues, et qui a dans le monde la spécialité des questions d'honneur... Us comptent tous sur le baccara du baron pour leur argent de poche.

ALVAREZ

Mais lui, le baron, quel homme est-ce?

MAUHERT.

Très fort; un exemple de volonté à mettre dans la « Morale en action ». A commencé tout petit coulissier. A ensuite épousé une ancienne gérante de Family- Ilotel, plus que mûre, mais qui avait la forte somme... L'a joliment fait fructifier... Disparaît pendant dix

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