ACTE DEUXIÈME. 3o
ans... Revient avec un sac énorme. Un coup fornii- (lal)le sur des chemins de fer, là-bas, Asie-Mineure... .Te ne sais pas au juste... Aujourd'hui, directeur de la Banque universelle, propriétaire de raffineries et de fabriques de noir animal, de trois journaux, dont deux bien pensants et un radical... Très catholique depuis son retour... et royaliste zélé... \'oilà!
ALVAREZ
Une canaille?
Non. Un homme d'argent. Très moderne. A une morale particulière... Beaucoup de gens comme ça dans les affaires, — et même ailleurs.
Mais pourquoi un homme comme lui tient-il tant que ra à être l'ami de tous ces pannes? Pour ce que ça lui rapi)orte!
MAUBERT
Alvarez, vous êtes naïf. Eh! c'est leur marotte à tous, gros industriels, gros financiers, juifs ou chrétiens; et, au fond, c'est bien facile à comprendre. Morte et enterrée comme classe politique, la noblesse vit toujours, elle vit plus que jamais comme caste mondaine. Pénétrer dans ce monde-là qui est resté très fermé en théorie, et surtout être b^I néme de ce mondelà, cela devient, pour les gens comme Griinig, la seule chose désirable parce que c'est la seule un peu .difficile. Ils ont tout le reste excepté ça : alors, ils veulent avoir ça aussi. C'est un prurit, c'est une rage qui rend les i)lus insolents capables de toutes les platitudes, et qui fait que les plus rapaces jettent l'argent par les fenêtres.
ALVAREZ
A condition de savoir où il tombe ?
MAUBERT
Évidemment... Être publiquement l'ami d'un prince, et pas d'un prince à la douzaine, mais d'un prince pour de bon, héritier possilile d'une très vieille couronne, cela vaut bien quelques sacrifices. Et puis, il n'y a pas seulement l'honneur. Un homme comme Grûnig fait toujours des affaires, fût-ce à très longue échéance. Quand j'ai quitté l'Alfanie le mois dernier, — en même temps que la République des Cordillières vous envoyait de Marbourg à Paris, — on parlait de certaines mines de cuivre... Celui qui en obtiendrait la concession ne ferait pas un mauvais marché. Le baron ne tarderait pas à rattraper la douzaine de millions qu'on dit qu'il a prêtés au prince, sans compter les menus frais du baccara de Montclairin.
Alors, vous croyez que ce soir...
MAUBERT
Je crois que le baron y met de la coquetterie.
Mais enfin il peut avoir la veine malgré lui.
MAUBERT
11 finira par la corriger, — à rebours. L'art d'abattre ({uatre ou de tirer à six n'a pas de secret pour lui, quand il joue avec des princes... Il rendra l'argent, soyez-ea sûr. Il est galant homme.
ALVAREZ
Mon cher Maubert, prétcz-moi donc cinq louis.
MAUBERT
Voilà.
GRUNIG, à la table de jeu de la salle du fond.
Messieurs, j'ai huit.