‹ Théâtre de Jules Lemaître. - (volume 2)Chapitre 31 sur 228 · ACTE TROISIÈME. 4o · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME. 4o

IJ F. l\ M A N N .

Vous croyez qu'ils so laissoront lairc?

IIELI.IÎOUN.

Je ne le crois i)as; il y aura probablement quelques

têtes cassées.

Probablement?

m: R MANN,

HEl.I.l'.OIlN.

Sûrement, si vous voulez. Mais sans cela, vous serez oblige d'en casser davantage un peu plus tard.

IIEIIMANN.

Peut-être aussi n'aurons-nous pas à en casser du tout. Avouez que cela vaudrait mieux. Pourquoi la manifestation ne serait-elle pas pacifique? La plupart de ces gens-là ne sont point méchants. Si on les laisse libres de crier tout leur saoul, cela les soulagera et cela même les détournera de mal ft.ire. Pourquoi pas?

IIELLIîORN.

Parce que c'est impossible.

Pourquoi?

Parce que cela ne s'est jamais vu.

!1 El! MANN.

Cela ne s'est jamais vu parce qu'on n'a jamais voulu le voir. Écoutez, mon cher Ilellborn : ce que fait aujourd'hui le peuple ne me paraît point, à moi, illégitime. Je lui avais donné de grandes espérances. Mon premier acte a été de vous appeler au pouvoir, de faire de vous, chef de l'opposition, mon ministre de l'intérieur, et de présenter à lAssemblée des seigneurs un projet de loi constitutionnelle. La loi a été votée, mais

après des modifications qui la rendent tout à fait dérisoire, vous le savez. Les ouvriers, à qui l'espoir des réformes politiques avaient fait prendre patience et qui s'étaient rejetés sur cette pâture, ceux surtout qui, uniquement à cause de cela, avaient consenti à ne point prolonger les grèves, s'aperçoivent qu'ils ont été dupes. Les grèves ont recommencé. La manifestation d'aujourd'hui a pour but de réclamer le suffrage universel, en sorte que les élections à la future Chambre se fassent sur cette question. Si, peut-être, le peuple demande trop, et surtout trop tôt, c'est qu'on lui a donné trop peu. Je suis le roi de tous mes sujets, riches ou pauvres. C'est le droit de remonti-ance pacifique de ceuxci à ceux-là que je veux défendre et que je défendrai.

HELLHORN.

J'ai l'honneur de donner ma démission à ^'otre Altesse royale.

IIERMANN.

Soit! C'est étonnant comme j'ai de la peine à garder mes ministres. Je fais des choses trop simples pour eux. J'accepte votre démission, monsieur Hellborn, et vous avez raison de me la donner. Votre situation est délicate. Votre conduite dans la discussion du projet de réformes vous a brouillé avec vos amis de l'ancienne opposition, sans vous ramener tout à fait les conservateurs. Mais vous sentez qu'il vous serait plus facile de vous réconcilier avec ceux-ci et de devenir décidément leur homme en sauvant la société, (souriant.) Je vous permets de dire que c'est moi qui n'ai pas voulu que vous la sauviez.

HELLBORN

11 est facile à ^'otre Altesse de railler. Mais puis-je parler librement?... Si peut-être les privilégiés, y compris les bourgeois, hésitent à sacrifier leurs privilèges, vous-même, monseigneur, êtes-vous sûr, absolument

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