‹ Théâtre de Jules Lemaître. - (volume 2)Chapitre 45 sur 228 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

WILIIELMINE.

N'achevez pas, Ilcrmann! Ce n'est pas vous qui parlez ainsi. Ce que je relusais de croire n'est que trop vrai. Osez dire que cette folie vous vient de vous seul, que vous ne subissez aucune influence et qu'il n'y a. entre vous et moi, que vos propres pensées?

IIEUMANN.

Qu'entendez-vous par là? Eh! madame, si je me trompe, laissez-moi, du moins, la responsabilité de mon erreur! Je suis assez fort pour la porter tout seul. Si j'étais homme à subir une volonté étrangère, apparemment j'eusse cédé à la vôtre; car, Dieu merci! je ne croyais pas qu'une femme pût mettre tant d'acharnement, à demander quoi?... Du sang! On n'est point archiduchesse à ce point!

WILIIELMINE.

Pourquoi me prêter ce rôle odieux? Oui, ce que j'ai le courage de vous rappeler, c'est un devoir ingrat et dur : mais c'est le plus évident, le plus pressant, le plus impérieux de vos devoirs. Et je dis que vous n'y échai)perez point et qu'il vous ressaisira au sortir de vos songes. Quelque chose de plus fort que vous, votre naissance, votre rang, pèse sur vous. Vous soustraire à ce joug serait forfaire à l'honneur! Ce sont vos aïeux qui oui fait l'Alfanie. Vous ne pouvez les trahir, vous ne i)ouvez trahir les autres rois à qui vous êtes liés à travers les pays et les âges et parmi lesquels, souvenez-vous-en, il y a eu des martyrs, ^'ous ne pouvez absoudre leur échafaud. ^'ous êtes né de ce côté-ci du champ de bataille, tant pis pour vous! Quand vous voudriez être transfuge, l'autre camp ne vous croirait pas. Prenez-en votre parti et demeurez avec nous. Et si tout craque sous nos pieds, tombons à notre poste! Trente générations, depuis Conrad I'^'', qui fonda Mar-

bourg, depuis Christian III, qui sauva la chrétienté, jusqu'à voti"e grand-père, qui acheva l'unité du royaume, jusqu'à votre père, qui fut roi comme on est prêtre, et dont la ferme volonté assura à son peuple un demi-siècle de paix, trente générations de rois vous obligent!

Moins que ma conscience, madame.., (L'officier rentre.) Quelles nouvelles?

l'officier.

Les manifestants continuent à être silencieux, au point qu'on entend leurs pas, comme ceux d'une armée en marche. Ils sont revenus à la grande grille et veulent entrer dans le jardin royal.

Qu'on leur ouvre!

-Mais...

J'ai dit.

Vous ne ferez pas cela?

Allez I L'officier sort.) Madame, vous prenez souvent plaisir à me rappeler mon pouvoir et mes droits. Or. si je suis roi, je le suis aussi pour vous, et si je suis de droit divin, c'est apparemment Dieu qui m'inspire cette conduite même dont vous êtes scandalisée...

WILIIELMI.NE.

Soit... Je vais veiller à la sûreté de votre fds, et je reviens [^rendre ma place auprès de vous, quoi qu'il arrive.

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