AV I L H E L M I N E
Ici!... c'est ici qu'ils se voient, ici qu'ils s'aiment... Et c'est lui qui a arrangé cela pour elle.... Comme il doit l'aimer!... Ces fleurs... Je n'ai pas de fleurs comme cela, moi, ou, quand j'en ai, ce n'est pas la même chose... Elles ne racontent pas ce que racontent cellesci. (Elle prend, sur le dos d'un fauteuil, un fichu de dentelle, 1« respire, puis le laisse tomber.) Oh! Ce parfum! 'Elle va au
piano et feuillette les partitions.) Cette musique ne parle que d'amour... Sans doute, le soir, elle chante... et il est auprès d'elle... et lorsqu'elle a chanté il se rapproche encore... et ils sont seuls, tout seuls, l'un contre l'autre... dans la nuit... Et moi, cependant, là-has, dans ce palais plus froid qu'une église, je me cache pour pleurer, ou je m'applique na'ïvement à bien remplir mon rôle de princesse, comme une personne bien sage... Dire que je le croyais malheureux, et que je le plaignais, et que je me fondais en pitié pour lui!... Ce n'était pas la peine : il avait ici de quoi se consoler... Il y a donc un Ilermann qui est tendre, caressant,
amoureux... amoureux!... un Hermann que je ne connais pas, moi, que je n"ai jamais connu... Cest peulèlre aussi qu'elle est une autre femme que moi, cette Slave souple et rusée... Elle a des grâces que je n'ai pas... Moi, je n"ai que des vertus... La misérable fille j Recueillie chez moi, voilà par quelle infamie elle m'a payée ! Et cette voleuse domestique affectait des airs mystiques et immaculés! Cela faisait sa belle âme rêveuse, qu'indigne la corruption du vieux monde et qui veut renouveler l'humanité... Ah! oui. elle serait propre, leur révolution sociale!... Et lui, qui, l'autre jour, me jurait qu'elle n'était pas sa maîtresse! Le menteur!... Comme si tout ici ne parlait i)as d'amour... oh! d'un grand amour... de quelque chose de mystérieux, que j'ignorais, et que je devine, et (jui me pénètre, et qui me torture...
OTTO
Oui, oui, ils ne doivent pas s'embêter.
■\VILHELMI.NE.
C'est vrai, vous êtes là.
OTTO
Ne vous gênez donc pas pour moi.
WILHEI.MINE.
\'ous m'écoutiez, vous m'observiez... Un spectacle pour vous, n'est-ce pas?
OTTO
Oh! spectacle prévu... Mais si vous préférez que je m'en aille...
AVILHELMINE.
^'ous savez (jue vous venez déjouer un rôle ignoble? Comment avez-vous découvert cette retraite? Comment avez-vous pu y entrer? Comment avez-vous pu m'y introduire? Par quels prodiges de haine patienlc?