‹ Théâtre de Jules Lemaître. - (volume 2)Chapitre 74 sur 228 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

faut me délier de ma promesse? Ouelqu'un qui nous verrait ne nous prendrait-il pas pour des amants?... Pourquoi nous cachons-nous? Ne serais-tu pas déjà perdue aux yeux des pharisiens par tout ce que tu as fait pour moi? Frida, au nom de ma tristesse, ne me repousse pas aTijourd'hui.

FRIDA

Ilermann, tout mon cœur vous appartient, mais ne nie demandez pas cela, si vous m'aimez !

HERMANX.

Je t"aime el je te veux. N'es-tu pas ma vraie femme? Doules-tu de moi?... Te faut-il des serments?

Non, Hermann... mais comment dire?... Il me semble qu'après cela, je me trouverais liée à vous par autre chose que par ma volonté et qu'ainsi je serais moins à vous, puisque je serais à vous moins librement... Et puis, vous venez de le dire, nous nous cachons comme des coupables; pour venir ici, je trompe mon grandoncle qui me croit chez une amie, que je force, elle aussi, à mentir. Nous vivons dans le mensonge, c'est ])ien assez. Je ne veux pas, du moins, vivre dans la trahison.

HERMANN

Hélas! Frida, vous ne m'aimez pas.

FRIDA

Je vous aime, Hermann, mais je ne puis être la rivale honteuse de la princesse de Marbourg.

HERMANN

NonI vous ne m'aimez pas... Et cela quand je n'ai plus ({ue vous, quand je me suis détaché de tout le reste; quand, à cause de vous, j'ai répudié toutes les II. 7

autres raisons que j'avais de vivre! quand je suis plus seul et plus abandonné que le mendiant des grandes routes!... Le sang qui coule dans mes veines est las, sans doute, des excès dorgueil et d'action de tant de générations royales, et je traîne la fatigue de tous ces règnes... Je serai toujours, toujours malheureux!... Ah! comme je hais ce qu'ils appellent mon devoir!... Comme je hais ma fonction royale! comme je hais tout de ma vie, excepté toi!

M'ilhelmine passe derrière le vitrage du fond.

Tu es bien sûr de ce que tu dis là?... Tu ne me trompes pas?... Tu ne te trompes pas toi-même?

HERMANN

Hélas!

FRIDA

Dieu soit loué! Si tu souffres tant, le remède est facile. Laisse tout cela et viens avec moi. Alors seulement, tu cesseras de souffrir, n'étant plus responsable des abominations du vieux monde. Et vois quel exemple : un prince qui s'en va, pour avoir reconnu qu'il est impossible de régner innocemment et qu'un prince, quoi qu'il fasse, n'est qu'une sentinelle d'injustice! Comme ce sera beau! Et comme je t'aimerai d'avoir osé faire ce que nul souverain n'a fait avant toi! Viens , viens , et ne sois plus que mon seigneur à moi, à moi toute seule.

HERMANN

Je t'aime.

FRIDA

Si tu restais prince, vois-tu, il y aurait toujours entre nous je ne sais quoi qui nous empêcherait d'être pleinement l'un à l'autre. Tu serais encore exposé à faire des choses dont la pensée te torturerait; et moi,

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