‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 122 sur 225 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

JEANNE

J'avais tant de confiance en lui ! je le croyais si honnête, si sincère, si loyal! Et j'étais si persuadée qu'il m'aimait!... Ce n'est pas qu'en y réfléchissant un peu...

Elle siaterronipt.

CHAMBRAY

Quoi?... Dis!

JEANNE

C'est assez difficile, parrain.

CHAMBRAY

Pas avec moi. Moi, tu peux tout me dire.

JEANNE

Certes il m'aimait bien. Il était très doux, très tendre. .. Mais...

CHAMBRAY

Mais-'

JEANNE

Mais il me semble que ce n'était jamais un abandon absolu. Quelquefois... souvent... je ne puis dire qu'il lut précisément distrait... ou inquiet, mais — ce n'est là qu'une impression, parrain, — c'était... comme s'il avait songé à autre chose... ou comme s'il avait craint qu'il n'y eût quelqu'un derrière les portes... C'est béte, ce que je vous dis là.

CHAMBRAY

Que veux-tu? il faut prendre les gens comme ils sont. Pierre est un timide, un incertain...

JEANNE

Peut-être l'aimait-il déjà, l'autre?

CHAMBRAY

Peut-être.

JEANNE

Mais comment a-t-elle pu le prendre? Car ils n'ont ni

le même caractère, ni le même esprit, ni les mêmes goûts, ni la même vie, ni rien. Je suis sûre que, à Toriginc du moins, il y avait dans Yolande beaucoup de choses qui déplaisaient à Pierre.

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