‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 124 sur 225 · ACTE DEUXIEME. J8i · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME. J8i

JEANNE

Oh!

CHAMBRAY

Oui, c'est vilain, mais c'est comme ça.

Un silence.

JEANNE

Parrain, vous venez de me faire bien du mal; mais vous avez eu raison de me dire tout cela, et je vous en remercie... Je n'ai plus d'illusions Je vois maintenant les choses comme elles sont. Il ne m'aime pas, il ne m'a peut-être jamais aimée, et moi je ne l'aime plus. Et c'est le dégoût, plus encore que la douleur, qui a tué mon affection pour lui. Alors, c'est bien simple, nous n'avons qu'à nous séparer. Je ne veux plus le voir, jamais; je m'en irai: je...

CHAMBRAY

Ce n'est pas sérieux, Jeanne? Réfléchis un peu, mon enfant. J'ai eu tort de répondre un peu brutalement à tes questions; j'aurais dû songer qu'une jeune femme et un vieil homme ne pouvaient voir ces vilaines réalités-là du même œil. Mais, je te l'affirme à présent, Pierre n'est pas si coupable que tu te l'imagines. Il n'aime pas Yoyo; ce n'est pas son cœur qu'il lui a donné, et ce n'est pas par le cœur qu'elle le tient, tu peux en être sûre. Alors?

JEANNE

C'est vous maintenant qui ne comprenez pas, parrain. S'il l'aimait vraiment, avec son cœur, ce serait plus triste en un sens, mais je trouverais peut-être sa conduite moins monstrueuse.

CHAMBRAY

On dit cela. Mais, s'il avait pour elle une véritable passion, tu dirais : « Si encore ce n'était qu'un caprice d'homme! »

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