ACTE DEUXIEME
tout cela vous était égal... Hélas! non, vous ne m'aimez plus.
Encore?... Mais c'est exaspérant à la fin de n'être pas cru, juste au moment de sa vie où l'on est peutêtre le plus sincère.
JEANNE, continuant.
Ah! je comprends maintenant. J'étais trop naïve, trop innocente. Cette femme vous offrait ce que je ne pouvais pas vous donner. Elle a de l'expérience, elle, une longue expérience, acquise dans des collaborations variées... Elle sait ce qui plaît aux hommes, ce qui les mord, ce qui les tient...
MARTIGNY
Ce n'est pas toi qui as trouvé ça toute seule.
JEANNE
Dites tout de suite que je suis trop béte!... Le mieux est de nous séparer, Pierre. Vous pardonner, je ne saurais, car je me souviendrais toujours. Et puis vous êtes faible; vous pourriez recommencer; je ne serais jamais tranquille... Je partirai, avec mes petits enfants, et je ne vous verrai jamais plus...
MARTIGNY
Mais c'est idiot, ce que tu dis là! C'est tellement idiot que... Tiens, je ne lutte plus. Fais ce que tu voudras.
JEANNE
Vous êtes résigné?
MARTIGNY
C'est encore le plus court.
JEANNE
Alors, adieu.
Adieu. (Un long silence. Elle reste assise, immobile. Il se pio-
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mène en grommelant. Tout à coup, on pas.sant auprès d'elle :) Tu
sais que je me bats avec Montaille?
JEANNE, se dressant, avec un cri involontaire.
Pierre !
MARTIGNY
Eh bien, non, là, ça n'est pas vrai... Montaille ne sait rien ; il ne veut rien savoir, c'est même sa force Il m'a tendu la main en s'en allant... J'ai voulu l'éprouver, et ça a réussi.
JEANNE
Vous vous trompez. J'ai eu un mouvement tout irréfléchi, que vous avez provoqué par une ruse indigne. Cela ne prouve rien. C'est une offense ajoutée à d'autres, voilà tout.
MARTIGNY
Tu es furieuse de t'étre trahie, ma petite Jeanne, mais la façon dont tu as crié « Pierre ! » prouve que tu m'aimes encore un peu. Et, puisque tu m'aimes encore un peu, tu vas me pardonner, j'en suis sûr... Mais oui! mais oui!... Écoute, je me suis très mal conduit, et tu as le droit de m'en vouloir, — mais pas trop, ni trop longtemps. Car ce qui est arrivé n'est presque pas ma faute. Bien vrai! Je ne pensais pas à elle; elle m'éloignait plutôt avec son genre, son aplomb, sa blague froide, son air de se moquer du monde; j'étais persuadé que je lui paraissais un bonhomme tout à fait ridicule. Ah! non, je ne songeais pas à lui faire la cour! C'est elle qui me l'a faite. Parfaitement! Comment? Oh! par des moyens on ne peut plus simples et directs. C'est une personne qui s'exprime paisiblement, mais avec beaucoup de clarté. J'avais beau ne pas être fat. il n'y avait vraiment pas moyen de se méprendre sur ses intentions... Bref, c'est elle qui a voulu de moi, et c'est elle qui ma pris... Je n'ai pas su résister : mais je l'assure