ACTE TROISIÈME
comme les marchands courtois en font aux vieux clients... Je suis sûr qu'il m'adorera, cet homme-là!... Et quand j'en aurai assez, il n'osera pas trop se rebiffer, puisque je suis renseigné même sur sa force àl'épée... (Regardant Yoyo de nouveau.) Non... elle ne juge pas encore à propos de revenir à elle... Prends ton temps, ma fille... Qu'est-ce qu'elle attend?... C'est vrai qu'elle est jolie, la mâtine ! Et de l'expérience! Et pas méchante, après tout... Et un certain imprévu dans la cervelle!... Cet idiot de Martigny n'a pas dû s'embêter tous les jours... Allons! j'ai fait dans ma vie assez de bêtises généreuses : faisons-en une agréable. C'est dit : je jette ma gourme. Il n'est que temps.
YOYO, revenant à elle.
OÙ suis-je?
CHAMBRAY
Sur mon canapé, mon enfant.
YOYO
Que s'est-il donc passé?
CHAMBRAY
Rien encore. Il fait très chaud; vous étiez fatiguée... Ça va mieux?
YOYO
Comme vous êtes bon! Où en étions-nous avant cette sotte interruption?
en AMBRA Y.
Vous me demandiez d'être votre ami.
YOYO
Eh bien?
CHAMBRA Y
Eh bien oui, là... et un ami bien dévoué, un bon vieil ami.
YOYO
Si vieux? Vous n'en avez pas l'air.
CIIAMIÎRAY.
Je VOUS dispense de ces compliments-là, mon enfant.
Tout à la franchise alors? Ça me va.
CHAMBRAY
A moi aussi. Il est tout à fait inutile que nous fassions semblant d'avoir des illusions l'un sur l'autre. Nous savons très bien ce qu'attend chacun de nous de notre petit arrangement. Donc...
YOYO, très fille.
Vous avez raison, mon oncle. (Mouvement de Chambray.)
Ça vous fâche? C'est une gaffe?... Comment faut-il que je vous appelle?
CHAMBRAY
Nous chercherons ça.
YOYO
Enfin, nous voilà d'accord sur l'essentiel, qui est que nous serons amis. Voulez-vous que nous commencions?
CHAMBRAY
Hé ! hé !
Non, c'est pas ça que j'ai voulu dire. J'allais vous demander si ça vous irait de dîner ce soir au cabaret avec papa et moi.
CHAMBRAY
Ça ne m'ennuierait peut-tHre pas. Mais où?
YOYO
Aux Ambassadeurs. Nous ne serons que nous trois; ce sera gentil.
CHAMBRAY
Et mon vieux Vaneuse vous donnera sa bénédiction.
YOYO, avec un cri du cœur.
Oh ! papa ne sait rien ! rien ! rien ! Ça, je vous le jure I