ACTE DEUXIEME
SUZANNE
Je ne sais pas.
GEORGES
Et... tu y es allée plusieurs lois?
Deux fois.
GEORGES
Mais j'ai fait, vers ce temps-là, des absences de plusieurs jours... Vous ne vous êtes jamais vus... la nuit... chez nous?
SUZANNE
Non.
GEORGES
Non ?
SUZANNE
Je le jure devant Dieu qui me tiendra compte de ce que j'endure en ce moment.
GEORGES
Et... comment cela a-t-il commencé? Où et quand t'a-t-il parlé d'amour pour la première fois?
SUZANNE
Je ne sais plus. Et qu'importe?
GEORGES
Mais... qu'est-ce qui te plaisait particulièrement en lui? En quoi m'était-il supérieur?... Tu ne veux pas répondre?... A quoi penses-tu encore?... (se rapprochant.) Est-ce que... Enfin... tu étais heureuse?
SUZANNE
Non.
Tu mens ! tu mens !
SUZANNE
Ah ! Georges, tu es bien méchant, bien méchant!
Elle éclate en sanglots.
GEORGES
Oui, je suis une brute... et un lâche : car nous avions juré de ne jamais parler de ces choses, et je manque à la parole donnée... Toi, tu Tas tenue. 11 est vrai que cela t'était plus facile.
SUZANNE
Hélas! si tu as tant souffert pour te taire, songe à ce que j'ai dû souffrir, moi, pour parler... Tiens-moi compte de cela, mon ami. Vois, je ne te fais pas de reproches, et j'essaye de ne pas pleurer. Mais si tu recommençais à m'interroger comme tout à l'heure... je serais toujours la servante... seulement, crois-moi, quelque mal que j'aie pu te faire, nous ne tarderions pas à être quittes.
GEORGES
Tu as raison, Suzanne, et c'est moi qui te demande pardon... Mais c'est fini maintenant, bien fini... Allons, sèche tes yeux... et sors un peu, promène-toi... lu as encore le temps et cela le fera du bien.
SUZANNE
Je n'en ai guère envie, mon ami.
GEORGES
Mais si! mais si!... Tu n'es pas obligée de garder toujours la maison... lu es libre... Va faire un tour, je le veux... J'ai besoin d'élrc seul... Oui, c'est fini... Allons, va... mais va donc!
SUZANNE
Oui, mon ;imi.
Elle son.