‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 190 sur 225 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

GEORGES

Thérèse! n'ayez pas de ces paroles amères, ou je croirai que c'est vous qui êtes lasse et qui ne voulez plus de moi.

THÉRÈSE

\'ous aimeriez mieux cela, n'est-ce pas?

GEORGES

Ouelles preuves voulez-vous donc de mon amour, Thérèse?... Écoutez, tant que nous resterons ici, nous nous rendrons malheureux... Voulez-vous que nous partions? que nous allions tous les deux, seuls, très loin?

THÉRÈSE, ironique.

Merci, Georges.

GEORGES

Cela signifie ?

THÉRÈSE

Comme vous me haïriez si je disais oui!... EnHn... vous faites ce que vous pouvez, et je dois vous savoir gré de cet effort... et de ce mensonge... Ah! mon pauvre amil nous n'aurons eu de bon que notre première rencontre... Vous rappelez-vous? nous pleurions tous deux, comme deux bêtes... Nous nous attendrissions sur vous. C'était délicieux... Hélas, dès le lendemain le charme était rompu, et j'ai senti que vous me reprochiez secrètement de vous avoir cédé. Vous ne vous souveniez déj-à plus que, si j'avais été faible, — ah! bien faible, je le reconnais, et bien lâche — ce n'était pourtant pas moi qui vous avais pris, et que, ce <jui était arrivé, vous l'aviez voulu enfin, voulu de toutes vos forces, et avec une sorte d'emportement désespéré... Je ne dis point cela pour me justifier : je dis la vérité vraie, rappelez-vous... Et je ne veux pas non plus vous accabler de mon sacrifice. Il a dû m'ètre léger, puisque je vous aime... Mais jetais si tranquille

avant de vous avoir revu ! ma vie était si droite et si heureuse! et j'avais tant de raisons de m'y tenir! Ma seule excuse, si j'en pouvais avoir une, eût été dans la profondeur et la durée du sentiment que je croyais vous avoir inspiré. Je n'avais pour justification que le besoin que vous disiez avoir de mon amour... Et presque tout de suite j'ai vu que nous nous étions trompés. Et ainsi c'est pour rien que je me suis perdue. El vous irétes pas plus heureux et je suis bien malheureuse.

Non, Thérèse, non, ma chérie, ne dis i)as cela. Oublie les méchantes paroles qui ont pu m'échapper. Je ne sais pas ce que j'avais tout à l'heure... Je t'aime, entendstu? (il la prend par la taille.) Ma lettre ne comptc pas... Oui, je serai là tantôt... je m'arrangerai pour cela. Et surtout ne va pas croire que cela me coûte, ou que je te dis cela pour ne plus te voir pleurer... Regarde-moi. Ai-jc l'air de quoiqu'un qui joue la comédie?... Est-ce quils mentent, mes yeux?... Va, si j'ai loin de toi des heures d'angoisse, — soit remords ou lâcheté ou ce que tu voudras, — dès que je te retrouve, et que je le touche, et que je te tiens sur mon cœur, je suis à loi, à toi seule, comme le premier soir... A tantiM. Est-ce dit?

THÉRÈSE

Merci de votre aumône, Georges. Je ne suis pas fière, car moi je vous aime.

GEORGES

Je ne veux pas que vous parliez ainsi, i iicnst-, cl jr ne veux pas que vous soyez triste. C'est vraiment assez d'une victime.

THÉRÈSE

Vous y revenez, Georges.

GEORGES

Piiisjo oinpécher ce qui est? Ap}»:<r<inTinMif on ix'

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