‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 210 sur 225 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

CLÉOPHILE

Si VOUS vouliez m'aimer comme Paris !

HÉLÈNE, le calmant.

Eh! là...

CLÉOPHILE

Je souffre tant! tant! tant! Si vous saviez!...

HÉLÈNE

Voilà

Quil pleure maintenant! Pauvreenfant! Quel dommage!.. C'est ainsi que Paris devait être au même âge. Allons, allons, ne pleure plus. Viens dans mes bras, Cleo : je t'aimerai, là, comme tu voudras.

CLÉOPHILE

Bien sûr?

HÉLÈNE

Mais oui, mais oui. Je suis bonne personne, Tu vois ?

Sonnerie do trompettes CLEOPHILE, changeant subitement de ton.

Chut! Écoutez la trompette qui sonne.

C'est le signal.

Courant vers le bord de la terrasse.

D'ici nous verrons le combat :

Venez !

HÉLÈNE

Je ne pourrai jamais, tant mon cœur bat. Mais toi, regarde, et dis ce qui se passe.

CLÉOPHILE

Oui, reine.

Voici. Les deux guerriers descendent dans l'arène. En présence des chefs entourant le champ clos, Et brandissent tous deux de pesants javelots.

HÉLÈNE

Ah! que j'ai peur!

CLÉOPIIILE.

Paris, mon oncle, a fîèrc mine.

Il lance le premier sa longue javeline.

HÉLÈNE

Protège mon mari, Jupiter souverain!

CLÉOPIIILE.

Mais la pointe n'a pu rompre l'orbe d'airain, Carapace qu'un Dieu forgea. Le trait s'émousse Au bouclier qu'ébranle à peine la secousse, Et retombe, inutile, aux pieds de ton époux.

HELENE, vaguement désappointée.

Ah?

CLÉOPHILE

Ménélas alors, l'œil flambant de courroux, Lance l'épieu sifflante la pointe acérée.

HÉLÈNE

Protège mon amant, ô Vénus Cythérée !

CLÉOPHILE

Quel coup, dieux immortels! quel coup! Le trait aigu,

De mon oncle PAris a traversé l'écu,

Faussé l'airain de sa cuirasse et, sur sa hanche,

A fait un grand accroc à sa tuniquo l.lmirlie.

HÉLÈNE

Je tremble.

CLÉOPHILE

Mais Paris, d'un souple mouvement, Se détourne, évitant la mort.

HÉLÈNE

Mon cher amant!

CLÉOPHILE

MciicKis loiil ;i loiip prend à deux iiihih-h Miii u'uiive; Puis, comme un biVheron sa cognée, il l'élève

Au bout de ses deux bras et, d'un effort soudain, En assène un grand coup sur le casque d'airain.

HÉLÈNE

Je me meurs, je me meurs.

CLÉOPHILE

Mais la lame rapide Se rompt, vole en éclats.

HÉLÈNE

Je respire.

CLÉOPHILE

L'Atride Se précipite alors; il saisit les cheveux Du casque et, les roulant à son poignet nerveux. Il traîne vers les Grecs, comme un loup fait sa proie, Le casque et l'homme ensemble.

HÉLÈNE

0 terreur!

CLÉOPHILE

La courroie Par qui sous le menton le heaume est retenu, Pénétrant dans la chair tendre de son cou nu, Étrangle mon pauvre oncle...

HÉLÈNE

0 Vénus tutélaire.

M'as-tu donc oubliée?

CLÉOPHILE

Attends! la jugulaire Se brise, et ton époux ne tient plus à présent Qu'un casque vide.

HÉLÈNE

Ah! Ah! pour le coup, c'est plaisant!

CLÉOPHILE

Mais le roi Ménélas, que le dépit dévore. Reprend son javelot, se précipite...

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