‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 219 sur 225 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Notre cœur, malgré nous, brûla des mômes feux, Et la blonde Vénus nous a perdus tous deux... Mais plutôt vengez-vous! A ma tante fidèle, Je mourrai trop heureux, mourant à cause d'elle. J'emporterai là-bas l'odeur de ses baisers, Et peut-être les dieux, par ma mort apaisés, Voudront se contenter de cette humble victime. Voici mon sein, frappez! Je confesse mon crime Et, doux, je bénirai la main par qui je meurs.

PARIS, le prenant par l'oreille.

Debout, clampin! Et va te faire prendre ailleurs!

A Hélène.

Mais VOUS, madame, vous! Quelle impudence extrême...

HÉLÈNE

Hélas! c'est un enfant. Son innocence même, Sans nul doute, ignorant l'amour et ses effets, Prit des rêves confus pour de réels forfaits.

PARIS, furieux.

Et moi, je dis...

PRIA M, sévère.

Il est contre la bienséance, Mon cher fils, de troubler si souvent la séance. Hélène vous adore; elle quitta pour vous Sa patrie et ses dieux, ses frères, son époux : Que vous faut-il de plus?

PARIS

Mais... je...

PRIA. M

Veuillez vous taire.

LE GRAND-PRÊTRE

Bien dit. Mais écoutez un conseil salutaire. L'illustre roi Priam a quelque nonanteans...

PRIAM

Pas encor.

LE GRAND-PRÊTRE, continuant.

Certe, il a passé depuis longtemps L'âge ardent des amours et des voluptés vaines, Et son sang rafraîchi coule en paix dans ses veines. Ce qui coûte aux mortels adultes tant de pleurs, Les violents désirs, artisans de douleurs. Par le bienfait des ans, lentement, sans secousse^ Chez lui se sont mués en paternité douce. Nul ne soupçonnera ce vieillard vertueux D'avoir osé lever un œil incestueux, Ou peu s'en faut, sur la compagne et la maîtresse D'un fils dont il n'a point détourné sa tendresse.

A Priam.

Roi sage, en qui l'esprit de Zeus est reflété, Offrez le sacrifice et sauvez la cité.

PRIAM

Vous venez de parler, grand-prétre, à la légère.

Sur plus d'un front chenu la neige est mensongère.

Hélas! tant que la mort ne le vient pas transir.

L'homme ne peut se croire affranchi du désir :

Jusqu'en nos vieilles chairs nous sentons cette griffe-

Vous avez célébré ma sagesse, ô pontife.

J'observai dans mes mœurs la modération,

Je m'en flatte, et j'offris au peuple d'ilion

L'exemple soutenu des vertus conjugales.

C'est pour cela qu'aux mois où chantent les cigales.

Ému comme jadis des odeurs du printemps,

Je renais et, par Zeus! j'ai (|uatre fois vingt ans!

Suis-je donc si cassé, si décrépit en somme,

Si défait, si croulant. ..Vous vous trompez, jeune homme!..,

Toutefois, j'en veux bien convenir, vos avis

Eussent été par moi fidèlement suivis.

Sans les réflexions qu'il vous a plu d'y coudre.

LE GRAND-PRÊTRE

Seigneur, au nom du dieu qui gouverne la foudre...

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