‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 44 sur 225 · ACTE TROISIEME. Il · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME. Il

' SCENE YII

Les Mêmes, WILHELMINE, puis L'OFFICIER.

Hermann, savez-vous ce qu'ils ont fait? Ils ont jeté des pierres dans l'appartement de votre fils, qui a failli être atteint. L'enfant a eu une crise terrible. Je l'ai fait transporter dans une autre chambre et jai laissé son médecin auprès de lui.

HERMANN

Pauvre petit!

WILHELMINE, à la fenêtre.

Et tenez ! ils sont revenus sur leurs pas ! Ils enfoncent une des portes du palais, avec des madriers et des barres de fer... Regardez! Ce cavalier qu'ils arrachent

de sa selle... (Une piene casse une vitre et rase le visage do AVilhelmine.) Ah!...

HERMANN, allant à elle.

WILHELMINE

Ce n'est rien... Mais on égorge vos soldats sous vos fenêtres... Défendez-les... Les soldats sont du peuple aussi.

l'officier.

Le général attend les ordres de Votre Altesse royale.

HERMANN

Allons! C'est eux qui l'auront voulu.

l'officier.

Que faut-il qu'il fasse?

HERMANN

Son devoir. (L'officier sort.) Ahî les brutes! les brutes !

les brutes!... Mais pourquoi, mon Dieu, pourquoi? (On

entend trois roulements do tambours pour les sommations; un moment de silence, puis Hermann va à la fenêtre.) Noiî ! je ne veuX pas! je ne veux pas! arrêtez! (Bruit de fusillade, cris, puis grand silence. Wilhelmine tombe à genoux, Hermann reste pétrifié, l'officier rentre.) Des morts?

l/OFFICIER.

Oui, monseigneur.

WILHELMINE

Des femmes? des enfants?

l'officier.

Oui, madame.

Qu'on dresse la liste des victimes et qu'on me l'envoie.

l'officier.

Oui, madame.

HERMANN

Allez!... (L'officier sort. — A AVilhelraine.) Eh bien! VOUS

ôtes contente?

WILHELMINE

Ne me dites pas de paroles dures, Hermann, c'est trop injuste et cela me fait trop de mal. J'ai comme vous le cœur brisé. Et c'est pour cela que je viens à vous, afin que dans cette épreuve vous sentiez auprès de vous quelqu'un qui vous aime. Je voudrais vous être bonne à quelque chose, vous consoler, vous réconforter un peu...

HERMANN

Non, Wilhelmine, laissez-moi. De nous deux, c'est moi qui ai des faiblesses de femme; je vois que je vous fais pitié et je ne le veux pas. J'ai besoin d'être seul... Dés que je le pourrai, j'irai me réfugier à Lôwenberg.

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