‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 45 sur 225 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

WILHELMINE

A Lowenberg?

HERMANN

Oui; là seulement, dans les grands bois, je m'apaiserai, j'oublierai.

A Lowenberg? Mais, Hermann, il est impossible que vous songiez à quitter Marbourg en ce moment.

HERMANN

J'attendrai ce qu'il faudra. Mais, selon toute apparence, le peuple a son compte, du moins pour un temps. .. J'espère donc pouvoir, dans quelques jours, aller à Lowenberg, auprès de mon père.

WILHELMINE

J'irai avec vous, Hermann. J'ai bien réfléchi ; je serai pour vous ce que je n'ai pas su être aux premiers temps de notre mariage. Vous me direz ce qui vous déplaît en moi, et je tâcherai de m'en corriger. Je m'intéresserai à ce qui vous intéresse; je ne vous froisserai plus, je ne vous contredirai plus, j'essaierai d'entrer dans vos idées...

HERMANN

Mes idées, est-ce que j'en ai encore? Non, Wilhelmine, non. Je viens de sauver, — et cela a coûté du sang, — la chose à laquelle vous tenez le plus au monde : votre pouvoir. Que vous faut-il de plus?

WILHELMINE

Il me faut ton cœur, Hermann. Celle qui te parle, ce n'est plus l'archiduchesse, comme tu as coutume de m'appeler, c'est ta femme. Ne sens-tu pas enfin que je t'aime? que si je t'ai supplié de ne pas te perdre, c'est qu'en sauvant le prince royal, tu sauvais mon mari? et que, si j'ai été maladroite et violente, c'est que je II. 5

craignais... ce que je ne veux pas dire, et que cethpensée me mettait hors de moi?... Prouve-moi donc que je me suis trompée, et permets-moi de te suivre.

UERMANN.

Ma chère Wilhelmine, l'elTort que vous faites pour m'ctre douce me touche profondément. J'y voudrais répondre, et je ne puis... Pardonnez-moi... C'est dix ans plus tôt qu'il eût fallu me parler ainsi. Laissezmoi oublier en quelles circonstances votre cœur s'est ouvert et que c'est le jour où ma royauté est devenue sanglante que vous vous êtes avisée i\o m aimer.

WILHELMINE

Ainsi, vous irez seul à Lowonberg?

IIERMANN.

Oui.

WILHELMINE, éclatant.

Pour retrouver votre maîtresse, n'est-ce pas?

IIERMANN.

Ah! voilà donc le secret de ce grand changement 1 Vous jalouse, madame î

WILHELMINE

Oui, jalouse! car si tu me repousses avec cetliî dureté, c'est que tu appartiens tout entier à cette lille qui est ton mauvais génie. Toutes les h\chetés d'aujourd'hui, c'est elle qui en est coupable; et, si tu es tout épouvanté d'avoir fait ton devoir, ah! malheureux, c'est que tu songes au compte que tu devras lui rendre. Elle me prend mon mari; à cause d'elle tu oublies d'être père, d'être roi; je suis menacée par elle comme femme, comme mère cl comme reine. Mais qu'elle prenne garde. Je me défendrai. Et par tous les moyens, entends-tu bien? J'en fais ici un grand serment.

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