‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 69 sur 225 · II · texte numérisé non relu

II

autres raisons que j'avais de vivre! quand je suis plus seul et plus abandonné que le mendiant des grandes routes!... Le sang qui coule dans mes veines est las, sans doute, des excès d'orgueil et d'action de tant de générations royales, et je traîne la fatigue de tous ces règnes... Je serai toujours, toujours malheureux!... Ah! comme je hais ce qu'ils appellent mon devoir!... Comme je hais ma fonction royale! comme je hais tout de ma vie, excepté toi!

Wilhelmine passe derrière le vitrage du fond. FRIDA.

Tu es bien sûr de ce que tu dis là?... Tu ne me trompes pas?... Tu ne te trompes pas toi-même?

HER.MANN

Hélas!

FRIDA

Dieu soit loué! Si tu souffres tant, le remède est facile. Laisse tout cela et viens avec moi. Alors seulement, tu cesseras de souffrir, n'étant plus responsable des abominations du vieux monde. Et vois quel exemple : un prince qui s'en va, pour avoir reconnu qu'il est impossible de régner innocemment et qu'un prince, quoi qu'il fasse, n'est qu'une sentinelle d'injustice! Comme ce sera beau ! Et comme je t'aimerai d'avoir osé faire ce que nul souverain n'a fait avant loi! Viens , viens , et ne sois plus que mon seigneur à moi, à moi toute seule.

HERMANX.

Je t'aime.

FRIDA

Si tu restais prince, vois-tu, il y aurait toujours entr'e nous je ne sais quoi qui nous empêcherait d'être pleinement l'un à l'autre. Tu serais encore exposé à faire des choses dont la pensée le torturerait ; et moi,

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