ACTE PREMIER
OTTO
Ne faites donc pas celle qui ne comprend pas.
FRIDA
Qu'y a-t-il à comprendre?
HERMANN
Monsieur Alvarez, vous voudrez bien me présenter demain les lettres qui vous accréditent auprès de mon gouvernement.
OTTO
Qu'est-ce que vous disiez donc à mon cousin Renaud?
FRIDA
Je lui demandais des nouvelles de Paris, monseigneur.
OTTO
Ah! Paris .'...J'y vais le mois prochain... Voulez-vous y venir?
FRIDA, riant.
Je ne demanderais pas mieux.
OTTO
Et si je vous prenais au mot?... Ne faites donc pas cette figure... Ce que je vous propose n'a rien d'extraordinaire... Je vous connais mieux que vous ne pensez, mademoiselle de Thalbcrg. Vous êtes très intelligente, d'esprit indépendant, même au fond un peu révolutionnaire... Vous savez ce que valent la plupart des conventions qui règlent la conduite des femmes. D'autre part, vous êtes de bonne maison, mais sans fortune, et tout ce que vous pouvez espérer, c'est d'être épousée par quelque antique gentilhomme dont vous serez la garde-malade. C'est une destinée mélancolique... Dans ces conditions, quel mal verriez-vous à jouir d'une liberté dont nul préjugé, — je le sais, —
ne vous interdit l'usage, et à accompagner... tu i^uu... camarade... un homme qui vous est absolument
dévoué?
FRIDA
Vous me connaissez mal, monseigneur, quoi que vous disiez. A supposer que j'eusse Tâme révolutionnaire que vous voulez bien me prêter, quels sentiments croyez-vous que pût m'inspirer un prince de votre espèce, et qui vivrait comme vous vivez?
OTTO
Vous êtes gentille quand vous êtes en colère.
FRIDA
Je ne vous ai donné aucun droit de me parler sur ce ton, monseigneur.
OTTO
Je vous parle en bon garçon... Ce que je vous ai proposé ne devient une offense que lorsque c'est mal reçu : autrement, c'est un hommage: et dame! je ne pouvais pas savoir comment vous le recevriez. N'en parlons donc plus. Je ne vous en veu.\ pas... On m'avait bien dit que j'arriverais trop tard, et je sais If»" «•• que l'on doit à un frère aine...
\ uii> m <»iili'.ii^<z lâchement, uiuii-ci^ncur.
OTTO
Voilà une parole de trop, mademoiselle de Thaïbcrg.
.Nous vous remercions. (Tout le monde salue et sort, escepté
Hermanû.) J'ai à VOUS parler, mon fils.