SCENE VIII MADAME LEVEAU, MARGUERITE
MARGUERITE
Eh bien, maman?
MADAME LEVEAU
Ah! ma pauvre Margot, si tu savais! C'est plus cruel que tout ce que je pouvais prévoir.
MARGUERITE
Quoi donc?
MADAME LEVEAU
11 a osé me i)arlcr de divorce.
.M A R G u E R rr E .
Oh!
152 LE DÉPUTE LEYEAU.
MADAME LE VEAU
Il a osé me dire en face qu'il aimait cette femme. Et sais-tu le marché qu'il m'a proposé, pour m'obligcr à faire ce qu'il veut"? Il m'a offert, en échans^e, de consentir à ton mariage avec Deslignières.
MARGUERITE
Et... qu"as-tu dit?
MADAME I.EVEAL'.
Tu penses bien que jai refusé. Ah! non, il ne Tobtiendra jamais de moi, son divorce, c'est-à-dire sa liberté, la liberté de vivre avec cette femme. Non, je n'accepterai pas cette honte. Je ne sais pas si c'est parce que je le hais ou parce que je l'aime encore, mais jamais je ne la lui rendrai, sa liberté, jamais! Il me quittera; je vivrai seule, abandonnée... mais il aui'a beau faire, je resterai l'épouse. Voilà ce que je lui ai répondu.
MARGUERITE
Tu as bien fait, maman. Garde, défends tes droits. En te défendant, c'est lui aussi que tu défends contre lui-même. Et s'il te quitte, va, lu ne seras pas seule. Nous irons toutes deux, là-bas, dans ta vieille maison natale. Nous n'y serons pas malheureuses, tu veri'as. J'en ai assez de Paris! On n'y a jamais le cœur ni l'esprit tranquilles, on y désire des choses... Là-bas nous serons bien... Ce mariage ne se faisant pas, je ne me marierai jamais. Et au fond, cela va mieux à mes goûts et à mon caractère... Je resterai auprès de toi, ma chère maman, toujours... toujours!
Elle s'est laissée peu à peu glisser dans les bras do sa mère et fond en larmes.
M A 0 A M E L E V E A U , stupéfaite ; elle prend entre ses mains le visage de Marguerite et lecarto pour le mieux voir.
Quoi! tu pleures! tu souffres à ce point, toi! toi mon