LEVEAU, LA MARQUISE
LEVEAU. Il l'embrasse, elle se laisse faire, elle se laisse aussi enlever sa voilette, son chapeau et son manteau, puis il met le verrou de la porte du fond.
Merci d'être venue, Odette. Je suis sûr que nous nous entendrons bien; car vous n'êtes pas méchante ni fausse, n'est-ce pas? et tout ce que vous m'avez dit hier, vous ne le pensiez jjoinf? 11 me semble qu'ici, dans ce petit coin où j'ai eu les plus douces heures de ma vie, vous me serez meilleure, vous redeviendrez vous-même. Vous me l'avez promis, vous m'avez annoncé que vous me diriez des choses qui m'apaiseraient, des choses que je trouverais justes et bonne's. ^'ous voyez combien je suis malheureux! Tout me trahit et tout me manque à la fois. Au moins vous me resterez"? Dites-le, dites-le vite!
LA MARQUISE
Oui, mon ami.
A moi tout seul?
LA MARQUISE
Je ferai, mon ami, tout ce que je pourrai pour vous consoler, pour adoucir des chagrins dont je suis peutêtre la cause involontaire. Ce que ma tendresse vous a enlevé sans le savoir, ma tendresse vous le rendra.
LEVEAU
Et vous quitterez votre mari?
190 LE DEPUTE LEVËAU.
LA MARQUISE
Cest VOUS, mon ami. qui aurez toujours le meilleur de mon cœur.
LEVEAU
Écoutez-moi, Odette, car j"ai peur que nous ne nous comprenions pas encore. Vous rendez-vous bien compte de ma situation et de ce qu'elle m'oblige à attendre de vous?... Avez-vous entendu ce que Ton cric dans la rue?
LA MARQUISE
Je vous avoue, mon ami, que je n'y ai pas pris garde.
LEVEAU
On crie : « Leveau blackboulé !... La fin d'un traître ! » et autres gentillesses du même genre. Les journaux républicains me piétinent. Les journaux de la droite me plaignent et me raillent doucement. Il y a une caricature qui représente la République me vomissant, avec cette légende :
C'est Leveau et la salade Qu'ont fait du mal à c't'enfant.
Très spirituel, n'est-ce pas? Une autre caricature me montre léchant les bottes de votre mari. Je suis à rheure qu'il est la fable de Paris et de la France. Or, savez-vous pourquoi tout cela?
LA MARQUISE
Parce qu'il y a des sots et des méchants. Mais, au reste, n'est pas qui veut la fable de Paris et de la France, comme vous dites. Attendez, mon ami, laissez faire le temps, et croyez un peu plus en votre force.
LEVEAU
Certes, j'y crois! et qui vivra verra. Mais, en atten-