SCÈNE IV Les Mêmes, LE MARQUIS
LEVEAU. Il se jette entre le marquis et la marquise.
Monsieur, je suis à vos ordres.
LE MARQUIS
Tout à l'heure, monsieur, (a la marquise.) Madame, je tiens beaucoup à vous dire une chose. Si vous me voyez ici, c'est qu'une lettre anonyme m'a prévenu que vous y étiez. Mais n'allez pas croire que j'aie jamais douté de vous, que je vous aie jamais espionnée ou suivie. Je n'avais pas le moindre soupçon. Je n'ai rien vu, rien deviné. J'étais aussi tranquille, aussi aveugle, et je pouvais être aussi déshonoré qu'un mari peut l'être. J'avais pour vous, non seulement l'amour le plus profond, mais une confiance entière, absolue. Je veux que vous le sachiez... (a Leveau.) Monsieur, j'ai dû certainement vous paraître stupide. Ce dont je souffre le plus en ce moment, c'est la pensée que j'ai reçu de vous des services, que je vous ai des obligations. Je ne puis vous parler comme je voudrais avant de m'en être affranchi. Dès demain, je donnerai ma démission de député, car vous avez beaucoup contril^ué à ma situation politique. Je sais exactement à combien se montait ma fortune personnelle avant que nous ne vous eussions rencontré. Tout ce qui dépasse ce chiffre sera remis intégralement à madame. Quand cela sera fait, sercz-vous toujours à ma disposition?
LEVEAU
Oui, monsieur.
LE MARQUIS, à la marquise.
J'espère, madame, que vous vous prêterez aux décla-
rations nécessaires. Je vais, malgré mes répugnances, demander le divorce contre vous, et pas une heure de plus que la loi ne vous y autorise vous ne porterez mon nom. Entendez-le bien.
1 sort.