‹ Théâtre de Jules Lemaître. -Chapitre 137 sur 273 · SCENE III JACQUES, LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

SCENE III JACQUES, LE DOCTEUR

LE DOCTEUR, suivant Simone des yeux.

Pauvre petite!

Pourquoi pauvre petite?

LE DOCTEUR

Dame!... mettez-vous à sa place...

JACQUES

Si je pouvais!... Je serais e.xquis, dabord. Car elle I. 12

est exquise, cette enfant, et elle doit bien s'en douter un peu. Puis, tout le monde Taime; on la traite avec une douceur et des précautions infinies comme une créature particulièrement fragile et rare. Elle lit de la tendresse dans les yeux de tous ceux qui rapprochent, et même des étrangers. Elle partira, n'ayant connu des hommes que ce qu'ils ont de plus pur et de meilleur, la sympathie sans désirs et la chaste pitié. La maternité ne la flétrira pas, ni la vieillesse. Elle s'évanouira comme le parfum d'une Heur, et laissera au cœur de tous ceux qui l'auront rencontrée le souvenir d'une petite ombre charmante... C'est une jolie destinée, ça !

LE DOCTEUR

Mais les étouffements la nuit, les toux atroces de cette petite ombre charmante? Les frissons, puis les sueurs terribles, les sueurs d'angoisse!... et cette idée qu'elle va mourir bientôt, car elle le sait, ayant vu son père et son frère mourir du même mal... Au reste, je veux bien vous avouer qu'il y a peut-être ici quelqu'un de plus à plaindre que cette petite fdle. C'est la mère. Ah ! par exemple, celle-là me paraît avoir connu l'infini de la douleur.

JACQUES

La bonne dame est fort tranquille et a l'air de ne rien sentir du tout. Mais ce que vous dites est possible.

Elle a été mariée deux fois, et ses filles ne sont point du même lit, ce cjui explique la belle santé de l'aînée. Elle aimait un jeune homme, Aubert, un garçon charmant et même d'assez grand mérite (je l'ai connu), mais à qui on ne voulut pas la marier parce qu'il était de trop petite santé. On la contraignit dépouser un butor, le père de Marthe, qui la ruina en quelques

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