‹ Théâtre de Jules Lemaître. -Chapitre 162 sur 273 · MAI) A. M K AU H EH T · texte numérisé non relu

MAI) A. M K AU H EH T

C'est ce que je lui ai d'abord faif entendre. Mais il ma donné des raisons... des raisons touchantes... qu'il fera du bien à l'enfant, qu'il lui apportera rillusion et la confiance... qu'il la fera heureuse...

MARTHE

Heureuse? Elle l'aime donc"?

Il paraît.

MARTHE

Elle le lui a dit?

MADAME AUBERT

Elle le lui a sans doute laissé deviner.

MARTHE

Elle va bien! Et qu'avez-vous répondu à monsieur de Tièvre?

MADAME AUBERT

Que je lui demandais du temps; que je voulais en causer avec Simone. .

MARTHE

Et elle, qu'est-ce qu'elle a dit?

MADAME AUBERT

Elle est aux anges. Je ne la reconnais plus, tant la joie l'a déjà transfigurée.

MARTHE

Mais elle est folle! absolument folle!... Quoi ! cette petite qui n"a pas pour quatre sous de vie... Mais c'est monstrueux à penser! Qu'est-ce qu'il en veut donc faire? Il est impossible, ma mère, que vous donniez votre consentement à ce mariage ridicule et odieux!

MADAME AUBERT

Marthe! c'est toi qui parles ainsi?... Quelle pensée as-tu donc?... Oui, sans doute, ce mariage est singulier, déraisonnable si tu veux. Mais au point où les choses en sont, s'il ne se fait pas, je crains tout pour Simone; et il me semble que tu dois, comme moi, penser avant toute chose à ce qui peut adoucir et prolonger la vie de ta sœur.

MARTHE, avec une rage contenue.

Ma sœur?... Ah ! oui, malheureusement, ma sœur!

MADAME AUBERT

Marthe!

MARTHE, éclatant.

Mais elle me prendra donc tout, cette fille! Voilà bientôt vingt ans que cela dure, et je commence à en avoir assez, entendez-vous? Elle m'a gâté, perdu mon enfance et ma jeunesse. Avec sa pâleur, sa langueur, sa douceur d'éternelle mourante, elle m'a fait plus de mal que ne m'en eût fait une ennemie robuste et acharnée. A cause d'elle, vous avez oublié de m'aimer ; je n'ai eu de vous que des caresses distraites, les restes de votre cœur : et encore, à mesure qu'elle était plus malade, je n'avais même pas ces restes, puisqu'elle tenait votre cœur tout entier. A cause d'elle, j'ai eu une enfance d'orpheline, douze ans d'internat presque sans visites ni sorties, coupés de vacances où personne ne s'occupait de moi et où la maison de famille m'était encore plus froide que le couvent. A cause d'elle, j'ai eu une jeunesse d'infirmière, sans joie, sans amusements, sans communications avec le dehors... Une de ses plaintes habituelles, c'est qu'elle ne peut pas vivre comme tout le monde, qu'elle n'est pas comme les autres jeunes filles... Eh bien, et moi, donc? Comment ai-je vécu, traînée à sa

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