ACTE TROISIÈME
JACQUES
Ce n"cst pas à moi de vous pardonner, mon enfant. Il se peut d'ailleurs que vous ne soyez pas tout à fait responsable... Vous êtes une petite personni' très bizarre, savez-vous bien? Qui diab'.e pouvait soui)(:onner... Je plains les hommes qui vous rencontreront... ou plutôt, je ne les plains pas... Enfin, je ne sais plus au juste... Mais, en attendant, il faut partir. "N'ous irez à Lyon, chez votre grand'mère... Nous arrangerons cela demain.
MARTHE
Non, encore une fois, je reste. Je suis une malheureuse fille : c'est à cause de cela qu'il faut me garder. Ayez pitié de moi comme vous avez eu pitié de l'autre. J'y ai autant de droit qu'elle. On est aussi à plaindre d'être méchante que d'être malade. Soyez bon. Près de vous, peu à peu, je m'apaiserai. Je vous serai si reconnaissante! Je ne verrai plus Simone, je ne lui ferai plus de mal. Mais vous... je vous verrai .. de temps en temps. Et j'attendrai bien patiemment...
Quoi?
MARTHE
Que vous m'aimiez un peu... Je vivrai là dans votre ombre. Et je serai pour vous... ce que vous voudrez...
JACQUES
Ce que je voudrai?... Savez-vous bien ce que vous dites?
MARTHE
Oui, je le sais.
JACQUES
Mais c'est insensé! Mais vous ne me connaissez pas! Mais je ne vaux pas du tout la peine qu'on se perde
pour moi, vous pouvez m'en croire! Mais je ne suis qu'un égoïste et un curieux, qui n"ai pour toute vertu qu'un peu d'indulgence et de douceur!...
MARTHE
Eh bien, ayez-en pour moi.
JACQUES
Ma pauvre enfant, je vous plains de tout mon cœur.
MARTHE
Alors, je puis rester?
JACQUES
Rester? rester? après tout ce que vous venez de me dire...
Qu'est-ce que cela fait?
JACQUES
Voyons, voyons, calmez-vous un peu... Vous êtes là à frissonner...
MARTHE
Oui... la fièvre...
JACQUES, prenant un chàle sur un meuble. Mettez ce châle... (il lanange en prenant son temps.) et
rentrez dans votre chambre... Et demain vous serez sage... vous partirez... il le faut...
MARTHE
Vous le voulez ?
JACQUES
Je le veux.
MARTHE
Pas avant de vous avoir revu au moins...