‹ Théâtre de Jules Lemaître. -Chapitre 183 sur 273 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

mettez-vous pas un peu de drame dans tout cela? N'est-ce point, au fond, imagination romanesque de jeune fille?

MARTHE

Romanesque, moi? (Elle s'approche très près de Jacques.)

Mais voyez donc ma figure, voyez donc mes yeux qui n'ont pas dormi depuis des semaines. Romanesque? comment le serais-je, puisque je viens d'être vraie... jusqu'au crime, à ce qu'il paraît!

JACQUES, comme à lui-même.

Oui... jusqu'au crime, (a Marthe.) Mais pourtant, ma pauvre petite, si je m'en étais allé comme j'étais venu?... ou bien encore si j'avais épousé une autre femme ?

MARTHE

Cela n'aurait pas été la même chose.

JACQUES

Pourquoi?

Mais...

Allons, cherchez.

MARTHE

Eh bien... une autre femme ne m'aurait pas trahie... Une autre femme, je ne l'aurais peut-être pas connue. Mais vous voir, elle et vous, vous voir vous aimer tout près de moi... C'est cela qui est horrible. Et puis...

JACQUES, très intéressé.

Et puis?

MARTHE

Je ne sais comment dire... Il me semblait que, malade comme elle était, vous n'aviez pas le droit de la prendre,

MARTHE

JACQUES

que cela était monstrueux... Et cette idée que vous l'aimiez sans que je pusse seulement deviner pourquoi... cette idée m'emplissait de colère et me soulevait contre elle et contre vous...

JACQUES

Mais enfin, vous avez été bien élevée, vous avez passé votre enfance au couvent. Vous croyez en Dieu? vous êtes pieuse?

MARTHE

Non.

JACQUES

Non?

MARTHE

Mon père, le seul être qui niait aimée, est mort à trente ans. Mon beau-père et mon petit frère, que jaimais bien tous deux et qui n'avaient jamais fait de mal, sont morts sous mes yeux, et après quelles tortures! Depuis que je me connais, j"ai vu souffrir ma mère. Pourquoi tout cela?

JACQUES

Alors, vous ne regrettez pas ce que vous venez de faire?

J'ai parlé malgré moi. Et je le regrette de toute mon âme, car je vois bien que vous me haïssez un peu plus qu'auparavant.

Elle sanglote. Un temps.

JACQUES

Vous vous trompez. Je n'ai point de haine contre vous.

MARTHE

Bien vrai? Oh ! que vous êtes bon ! que je vous remercie! Alors, vous me pardonnez?

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