ACTE DEUXIÈME. 3C
furieusement, et c'était bien naturel... Et certes je m'en suis réjoui, de ces applaudissements... quoiqu'ils fussent autant d'insultes pour moi.
Autant d'insultes?
LEPLUCHEU.X.
Oui, d'insultes... Ils signifiaient, ces applaudissements, que tout ce que tu fais est charmant, qu'on te permet tout, à toi la comédienne heureuse et adulée, qu'on te trouvait très généreuse de me défendre comme un petit garçon, et que peut-être on me ferait grâce, parce que je suis le mari de l'étoile...
Il sanglote.
FLIPOTE, angélique, et l'entourant de ses bras.
Comme il faut que tu souffres, mon chéri, pour me dire de pareilles choses !
LEPLUCHEU.X.
Laisse-moi! Tout cela est bien fait, tout cela est juste... Je me suis cru du talent : je n'en ai pas. Je ne suis même pas un incompris : je suis un raté! un raté! un raté!... Tant pis pour moi.
FLIPOTE, de même.
Ne dis pas cela, mon chéri, ne dis pas cela!... Tu viens d'être cruel avec moi; mais, tiens! je reconnais que, sur bien des points, tu avais raison. Oui, ce qui t'arrive aujourd'hui, c'est certainement un peu ma faute, la faute de ma jalousie d'abord, de mon étourderie ensuite... Tu vois, je suis raisonnable. Sois-le donc aussi et n'aie pas ces méchantes pensées. Je comprends bien tout, va! Je comprends qu'il y a des heures où la destinée te paraît injuste, quand tu compares ma veine à ta mauvaise chance. Je conçois très bien que cela te fasse souffrir, mais j'en souffre autant
368 FLIPOTE.
que toi, tu peux m'en croire. Mes succès, que d'ailleurs je ne m'exagère point, oh! sans doute j'en jouis sur le moment; mais, dès que je me retrouve auprès de toi, si tu savais comme ils me paraissent tout d'un coup absurdes, comme il me semble que je te les vole, comme je les oublie pour t'aimer, comme je voudrais pour toi, pour toi seul, la célébrité et la gloii^e! Elles viendront, je te le jure... J'ai foi en toi absolument... Le petit accroc de ce soir ne prouve rien, puisqu'il est arrivé par ma faute. Aie donc confiance, tu as l'avenir. Songe que d'autres avant toi, qui ont été de grands artistes, ont commencé par être plus malheureux encore et plus méconnus que toi... Mais aussi quelle joie, mon chéri, le jour où l'on te rendra justice, et où ma meilleure gloire, à moi, sera d'être ta femme et ta servante... En attendant... pardonne-moi,
LEPLUCHEUX, lui tendant les bras.
Flipote !
Elle s'y jette.
FLIPOTE, lui tendant sa perruque.
Et maintenant, va jouer!
LEPLUCHEU.X, avec un geste immense.
J'y vais !
II sort.
Mon châle, tante! (Mademoiselle .\nglochère donne le châle.)
Eh bien, qu'est-ce que tu as à me regarder?
MADEMOISELLE .VNGLOCHÈRE.
J'ai que je n'y comprends plus rien.
FLIPOTE.
A quoi?
MADEMOISELLE ANGLOCHÈRE.
A toi. Tu viens d'être très gentille... mais là, très, très