ACTE DEUXIEME
comme du lîois mort; vous vous appliquez à voir les hommes aussi plats et le monde aussi laid que possible, — sans doute parce que cette façon de voir vous est commode et vous absout d'avance, à vos propres yeux, de tout ce que vous pouvez vous permettre. Vous passez votre vie à railler toutes les illusions et tous les sentiments naïfs... Comment voulez-vous que je vous croie?
RRETIGNV.
Hé! qu'est-ce que cela fait, ce que je dis devant les autres"? Mon ironie et mon prétendu désenchantement, tout cela n'est qu'un masque... Suis-je donc obligé de montrer aux indifférents le fond de ma pensée et de mon cœur? Mon histoire est bête comme tout, et elle est bien vieille, allez! On raille, on nie la passion, on se croit très fort, on se dit invulnérable... Et puis un beau jour on rencontre une femme... celle qu'on n'attendait pas; on reçoit un coup en plein cœur... on aime... et l'on sent qu'il n'y a au monde que l'amour qui vaille la peine de vivre.
HÉLÈNE
Vous ne pouvez parler autrement. Au point où nous en sommes, ne pas me jurer que vous m'aimez serait de l'impertinence. Vos ingénieux discours ne prouvent donc rien, sinon que je ne vous déplairais pas comme maîtresse. Mais cela, vous n'avez pas besoin de me le dire et vous comprendrez que cela ne me suffise point.
BRETIGNY
Comment donc faire pour vous convaincre? Ah ! vous me croiriez si vous m'aimiez vous-même. Voyons, m'aimez-vous un peu?
HÉLÈNE
Oui, un peu, mais... comment vous dire cela? Je ne sais pas si c'est vous, si c'est votre personne que j'aime.
ou seulement ce que vous représentez pour moi, cestà-dire autre chose que ce que j"ai, une autre existence, un autre monde. Si cela n'était ridicule, je dirais que je suis une âme inquiète... Mais je n'en sais pas plus long. On a rendu l'amour difficile aux femmes d'aujourd hui. Elles sont trop averties. La conversation et les livres ne leur laissent plus assez d'illusions. Elles ont la science avant lexpérience... Si je vous crois, si je vous cède... combien cela durera-t-il?
BRETIGNV.
Toujours. Mais pourquoi me le demandez-vous? Vous savez bien que je ne puis vous faire une autre réponse. Toujours, c'est-à-dire aussi longtemps que vous m'aimerez.
IIÉLÈ.NE.
Mais mon mari?
BRETIGNY
Vous ne l'aimez pas.
HÉLÈNE
Je l'estime.
BRETIGNV.
C'est ce que je disais. Hé! nous ne lui voulons pas de mal... Ne parlons pas de lui, cela vaudra mieux.
HÉLÈNE
Mais si j'allais me tromper? Si je n'allais point trouver, dans l'aventure où vous voulez m'engager, ce que j'y cherche et ce que j'en attends? En somme, ce que j'aime en vous, ce n'est peut-être que l'inconnu. Quand il n'y en aura plus, quand j'aurai vu, quand je saurai, si j'allais dire : Quoi! ce n'est que cela?
BRETIGNV.
Que voulez-vous que je réponde? 11 n'y a qu'une «hose que je puisse vous garantir : mon grand amour