ACTE PREMIER
MADAMK IlERIiEAU.
Oui, oui; moquez-vous de moi, cela m'est égal. Quand on est seules comme nous (encore vous, vous avez un fils), il faut bien s'occuper. Vous, qui êtes une sainte, vous avez la dévotion, — et les bonnes œuvres. Moi, j'ai trouvé cela, d'avoir un salon d'hommes célèbres. Je vous assure qu'ils ne sont pas plus bêtes que les autres. Et puis, moi, qui suis superficielle et frivole, j'aime les mérites officiels, estampillés. Je leur donne de bons petits dîners; ils m'apportent leur esprit, ceux qui en ont. Les célébrités qui viennent chez moi en amènent d'autres. Peu à peu, ce préjugé s'établit que c'est en passant par chez moi que les réputations se consacrent. J'ai fini, ma chère, par avoir de l'inHuence sur les élections académiques. Du moins, on le dit.
Mais c'est justement pour cela que je ne comprends pas que vous veniez me demander, — à moi pauvre recluse. — un académicien.
MADAME IIERBEAU.
C'est qu'ils sont quarante, et, en comptant bien... Enfin, je ne les ai pas tous. Et puis, il y en a de temps en temps qui s'en vont. Ainsi mon premier sujet vient de me quitter.
MADAME DE VOVES.
L'illustre Rigault?
MADAME liERBEAU.
Lui-mtMue.
MADAME DE VOVES.
A quel propos?
MADAME HERBEAU.
J'ai eu l'imprudence, voilà quinze jours, d'inviter un petit poète du Chat maigre à nous dire des vers. Il a
eu un succès fou. Rigault a été vexé et, depuis, il me hat froid. Je lui cherche un remplaçant, et j'ai pensé que vous pourriez me le fournir, vous qui connaissez tant de monde.
MADAME DE VOVES.
Voulez-vous MontreuxV
MADAME HERBEAU.
Ou"est-ce qu'il a fait?
Une Histoire de la Phénicie.
MADAME HERIÎEAU.
Est-il amusant?
MADAME DE VOVES.
Non; mais il est décoratif.
MADAME HERBEAU.
C'est que j'en ai déjà beaucoup de décoratifs. J'en veux un qui soit amusant.
MADAME DE VOVES.
Voulez-vous Barillon?
MADAME HERBEAU.
Si je veux Barillon?... \'ous le connaissez ?
MADAME DE VOVES.
Mon Dieu, oui. Je pense même qu'il va venir. Je vous le présenterai.
MADAME HERBEAU.
Ah! ma chérie, vous me sauvez l'honneur. Rigault sera furieux. Et il reviendra.