SCÈNE II Les Mêmes, HÉLÈNE
MADAME DE VOVES.
Bonjour, mignonne. Je sais d"où vous venez. Madame Herbeau vous a aperçue. Et comment avez-vous trouvé le discours de Barillon?
Stupide.
MADAME DE VOVES.
Madame Herbeau dit qu'il a été fort spiritueL
HÉLÈNE
Justement.
MADAME DE VOVES.
Vous êtes une petite fille bien sévère... Vous ne m'avez pas amené votre mari?
HÉLÈNE
Je l'ai laissé en passant à son lycée. Des leçons à donner. Ce qu'il en donne!... Le pauvre garçon en est complètement abruti.
MADAME DE VOVES.
C'est pour vous, ma chère Hélène.
HÉLÈNE
Oui, je sais, c'est pour moi... Aussi je ne lui en veu.x pas.
MADAME HERBEAU.
J'ai entendu parler de monsieur Rousseau avec la plus grande estime.
HÉLÈNE
Ah! par qui"?
Mais... par un de ses amis... par un de nos amis communs... Je serais très heureuse de le connaître. Et tenez, je donne mardi une petite soirée travestie... Oh! très intime. Voulez-vous me faire le plaisir d"y venir avec votre mari?
HÉLÈNE
Je vous suis bien reconnaissante, madame. Mais, pour dire les choses comme elles sont, notre modeste situation ne nous permet pas les bals travestis. Deux costumes, c'est une affaire pour un petit ménage.
MADAME HERBEAU.
Je n'accepte point cette excuse, mon enfant, ^'otre mari peut venir comme il voudra; et vous, avec le moindre chiffon, vous serez ravissante.
HÉLÈNE
Si je l'étais, on ne manquerait pas de remarquer que c'est, comme vous dites, avec un chiffon; je le sentirais et cela me gênerait un peu. Je vous parle franchement, je dis toujours ce que je pense. Puis mon mari n'aime pas le monde. Ce serait pour lui une corvée, et je les lui épargne autant que je puis. Oh! oui, autant que je puis, je vous le jure! Je lui dois bien cela!
MADAME DE VOVES.
Pourquoi répondez-vous avec cette amertume, ma chère Hélène? Madame Herbeau pensait vous être agréable... Et pourquoi affectez-vous de vous croire ainsi malheureuse et déshéritée? Votre mari est un fort honnête homme, que tout le monde estime; votre position est modeste, mais des plus honorables. Les privations auxquelles elle vous oblige n'atteignent tout au plus que votre vanité. Et encore, ces privations, vous vous les imposez parfois gratuitement, comme au
joiirdhui; et en même temps vous les portez avec impatience. 11 faut être plus douce aux choses et plus calme, mon enfant.
HÉLÈNE
Vous avez raison. J'ai en moi un méchant démon qui me souffle mille sottises, (a madame iierbeau.) Je vous demande pardon, madame.
MADAME HERIÎEAU.
Alors, vous viendrez à ma soirée?
HÉLÈNE, après un silence.
Non, madame.
MADAME HERBEAU, à mi-voix, à madame de Voves.
Elle est bizarre, votre petite amie.