ACTE DEUXIEME
enfant adultérin. C'est qu'elle n'a pas pu, c'est que les moyens lui ont manqué de pousser la trahison jusqu'au bout. Une femme qui aurait conservé, dans sa chute, le courage et la probité que vous attribuez à votre amie, n'aurait pas abandonné son enfant! Une femme si fière dans la faute n'aurait pas été une si mauvaise mère.
MADAME UE VOVES.
Défie-toi, mon enfant, de la raideur de ta logique... Tu as la meilleure âme du monde et l'esprit le plus droit. Mais, crois-moi, il y a bien des choses où tu nentends rien. L'homme et la femme sont parfois plus compliqués que tu ne penses. Prends garde de manquer d'intelligence et de bonté. Je ne puis d'ailleurs te dire certaines choses qui t'aideraient à comprendre... Ne juge pas les autres avec tant d'assurance; n'aie pas la vertu impitoyable!
ANDRÉ
C'est que je vois clairement tout le mal que cette femme a fait, et qui continue de fructifier après elle!... Ne l'excusez pas, ma mère. J'en appelle à vous-même. Auriez-vous fait comme elle, à sa place?... Pardon! ma question est absurde et suppose l'impossible... Mais, voyons, vous qui êtes une mère si adorable et si tendre, quelle qu'ait été cette femme et dans quelques conditions qu'elle ait mis cette enfant au monde, pouvezvous comprendre qu'elle l'ait délaissée à ce point? A quel orgueil, à quel intérêt l'a-t-elle sacrifiée? Si jamais madame Rousseau est une femme perdue, croyez-vous que son enfance abandonnée et l'indifférence de sa mère n'y auront été pour rien? Je ne comprends pas vos indulgences, sans doute parce que je n'ai pas votre vertu. Jamais je ne pourrai concevoir qu'il n'y ait pas des devoirs qui priment tout, dont rien au monde ne saurait excuser l'oubli; et je vous déclare, moi, que celte femme...
oO RÉVOLTÉE.
MADAME DE VOVES.
Tais-toi, André, tais-toi! Certes, elle a été coupable. Mais je te jure, mon enfant, que ce n'est pas à toi de la juger. Si tu l'avais connue, tu n'aurais pas eu le courage de la maudire. C'est vrai, elle a été longtemps une mère négligente. Cependant elle s'est occupée de sa fille et elle est allée la voir beaucoup plus que tu ne crois... Et depuis, ah! comme elle s'est repentie!... Car je ne t'ai pas dit la vérité tout à l'heure. Elle vit encore... Elle a un fils. Elle l'avait avant sa faute. Il a ton Age. Elle l'aime avec une infinie tendresse, et a su lui mettre au cœur la haine du mal. Au temps oîi elle était le plus coupable, c'est par là qu'elle croyait se racheter. C'est à cause de lui, pour qu'il ne sût jamais rien, pour qu'il n'eût pas, hélas! à la juger que la malheureuse a tout fait. Ce fils est sa seule consolation, sa seule joie au monde... Mais, si jamais il avait des doutes, s'il l'interrogeait, s'il lui parlait comme tu viens de le faire... Ah! je te jure qu'elle aimerait mieux être morte!
Un silence.
ANDRÉ
Ma mère, que désirez-vous que je fasse?
MADAME DE VOVES.
Veille sur Hélène. Mais que ce ne soit pas seulement par amitié pour son mari. Que ce soit aussi par affection pour elle. Tu le dois.
r^llc sort rapidement par la porte de côté.