ACTE DEUXIÈME. ol
ROUSSEAU, s'avançant bruisquement.
Je vous demande pardon, monsieur, (a Hélène.) Il est trois heures. Je suis rompu de fatigue, et vous savez à quelle heure il faut que je sois sur pied... Nous allons partir, si vous le voulez bien.
Mais...
ROUSSEAU
Je vous en prie.
HÉLÈNE
C"est bien, je vous suis.
ANDRE, allant vers Rousseau et lui serrant la main.
Bonsoir, mon cher vieux.
ROUSSEAU
Bonsoir.
SCEx\E IX ANDRÉ, BRETIGNY.
ANDRE, comme prenant une résolution.
Allons! (a Bretigny.) Écoutez-moi bien, Brctigny. Ce que j'ai à vous dire est un peu étrange. Je manque à toutes les règles de convenance et de bon goût. Mais je me sens obligé en conscience de passer par-dessus. Je vous affirme que j "obéis aux mobiles les plus pressants et à la fois les plus désintéressés, et que ma démarche enfin, si bizarre qu'elle puisse vous paraître, n'a dans mon intention rien d'offensant pour vous.
nRETIGNV.
Peste! Quel préambule! Allons, dites vite.
ANDRÉ
Vous n'êtes pas un méchant homme, n'est-ce pas? Vous cherchez votre plaisir où vous croyez le trouver, mais vous ne faites pas le mal sciemment? Et si, tout près de le faire, j'entends un mal profond, irrémédiable, hors de toute proportion avec le plaisir que vous en tireriez; si, tout près de commettre une action qui serait pour d'autres êtres l'origine d'infinies souffrances, on vous avertissait loyalement, sans intérêt et sans haine, vous seriez capable de vous arrêter à moitié chemin?
BRETIGNV.
Espérons-le... Mais où voulez-vous en venir avec ces propos solennels?
ANDRÉ
A ceci : ne devenez pas l'amant de madame Rousseau.
BRETIGNV.
Hein! Quoi? Ai-je bien entendu? Je pensais bien, après toutes vos préparations, que vous alliez me dire quelque chose d'un peu extraordinaire. Mais là, vrai ! je ne m'attendais pas à cela.
ANDRÉ
Ne riez pas; il n'y a pas de quoi.
BRETIGNV.
Je rirai si cela me plaît, mon cher. Je devrais peutêtre prendre la chose autrement. Mais vous vous êtes entouré d'un tel luxe de précautions qu'il m'est difficile de me fâcher. Je vous poserai seulement deux questions. D'abord, où avez-vous pris que je veux être l'amant de madame Rousseau?
Depuis un mois vous lui donnez des rendez-vous dans les rues et dans les musées, et vous l'ave?, peu s'en