ACTE DEUXIEME
faut, compromise ce soir. Ne niez pas l'évidence. A quoi bon?
lîRETIGXY.
Alors, vous m'espionnez"?
ANDRÉ
Ne cherchez pas à m'offenser... Je suis venu, moi, vous adresser une prière, — tout le contraire d'une provocation.
BRETIGNV.
vSoit, continuons. Voici ma deuxième question, et c'est par celle-là que j'aurais dû commencer. De quel droit me faites-vous... cette prière comme vous l'appelez? Vous n'êtes ni frère, ni parent de madame Rousseau et votre intervention est aussi bjcssanle pour elle que pour moi... L'aimeriez-vous par hasard?
ANDRÉ
J'aime son mari et je lui suis dévoué jusqu'à la mort.
BRETIGNV.
Vous êtes inouï, mon cher. Certainement, vous ne vous rendez pas compte du grotesque de votre conduite.
ANDRÉ
Je vous répète c{u'il ne me plaît pas de me sentir offensé par vous, — du moins en ce moment.
BRETIGNV.
Vous êtes patient.
ANDRÉ
Je tâche de l'être. Reprenons. Vous avez pour madame Rousseau ce qu'on appelle un caprice. -Vous la désirez. Vous voulez l'ajouter à votre liste. Maisl'aimezvous? Soyez sincère. Seriez-vous disposé, en cas de malheur, à tout quitter pour elle et à lui consacrer votre vie?
54 RliVÛLTEE.
BRETIGNY
Ah! décidément, mon cher, vous vous mêlez trop de ce qui ne vous regarde pas... Eh! laissez à son mari le soin de la défendre!
ANDRÉ
Son mari? Souhaitez qu'il ne se môle jamais de vos affaires. C'est un bon avis que je vous donne.
RRETIGNV.
Mon cher, voilà un mot plus maladroit que tout le reste et qui ne me permet plus de vous entendre. Je fais ce que je veux, madame Rousseau fait ce qui lui plaît, et je vous prie de me laisser tranquille.
ANDRÉ
Ne comptez pas que je vous quitte avant de vous avoir tout dit. Ce qui vient de vous faire parler, c'est un misérable mouvement de vanité masculine. Eh! je ne doute pas de votre courage et je n'ai pas prétendu vous faire peur... De grâce, n'achevez pas lœuvre mauvaise que vous avez commencée. Ce que vous faites, vous l'ignorez peut-être; je vais vous le dire. Voilà une jeune femme, inquiète, faible, il est vrai, — imprudente et curieuse, si vous voulez, — mais honnête jusqu'à présent. Elle a un mari qui l'adore, pour qui elle est tout, et pour qui sa trahison serait la plus eiïroyal)le des douleurs. Cette femme, vous ne pouvez pas dire que vous l'aimez. Ce que vous attendez d'elle, mille
autres vous le donneront. (Bretigny fait un geste de dénégation.) Oh! à peu près et sans préjudice pour personne. Alors, pourquoi la choisissez-vous? Si cette femme vous croit, si elle vous cède, c'est sûrement une âme perdue (ne souriez pas) et probablement deux existences. Et cela ne vous arrête point? (Geste ironique de Bretigny.) Mais VOUS faites donc le mal exprès, sans intérêt, pour l'unique plaisir de le faire? Ah! tenez, cela est lâche, vil et méchant!