ACTE TROISIEME
ANDRÉ
Essaye tout de même, crois-moi.
ROUSSE.\U
Non, vois-tu, c'est impossible. Car si je fais cet effort, je vois d'avance son sourire... Toutes mes tendresses seraient refoulées du coup, et alors, je le sens, ce ne seraient que des paroles dures qui me monteraient aux lèvres.
ANDRÉ
Parle-lui toujours. Qui sait?
ROUSSEAU
Tu crois?
Oui. Une explication bien franche ne peut guèi'e aggraver vos désaccords, et peut, au contraire, vous rapprocher, en dissipant bien des malentendus... Elle ne te traiterait pas comme elle fait si elle te connaissait bien. Tu lui es si supérieur (laisse-moi tout dire) par l'intelligence, le courage et la bonté! Qu'elle le sente une bonne fois! et qu'elle sente surtout que tu ne te résignes pas à être si injustement méconnu! Va, les femmes aiment la force; et, dans tous les cas, tu n'as rien à perdre. J'ai bien réfléchi depuis notre dernière conversation : j'ai tant de raisons de souhaiter que tu ne sois pas malheureux par elle! Promets-moi donc de lui parler, de faire un grand effort pour lui ouvrir jusqu'au fond ta pensée et ton cœur... J'ai besoin que tu me le promettes.
ROUSSEAU
Je lui parlerai. Mais comme tu médis cela!...
ANDRÉ
C'est que je t'aime. Courage ! Et compte toujours sur moi. Tune peux savoir à quel point je te suis dévoué... Adieu...