ACTE TROISIÈME
bien de fois j'ai pleuré dans sa cornette! Elle ne comprenait pas... Et puis, je voyais bien qu'on avait pitié de moi, et cela nriiumiliait et m'irritait. Je devinais que je n'étais pas comme les autres petites filles, qu'il y avait quelque chose qu'on ne voulait pas me dire; et ce mystère, cet inconnu me torturait. Je me sentais vaguement proscrite, dépouillée, rejetée... et je me raidissais, je me révoltais. Si j'avais été pieuse, cela m'aurait soulagée : mais je ne priais pas, je trouvais Dieu trop injuste... On ne sait pas tout ce qu'il peut tenir d'amertume dans le cœur d'un enfant. A quinze ans, j'ai voulu me tuer... C'est pour cela qu'aujourd'hui je ne sens rien. Vous arrivez trop tard... Ainsi, vous êtes ma mère ! C'était ma mère, cette dam'e qui m'appelait au parloir deux fois par an. une demiheure chaque fois, et qui ne s'est jamais trahie et (jue je nai pas devinée!... Pourquoi me l'apprendre? ^'ous vous figuriez, sans doute, que j'avais là, tout prêts j)our vous, des trésors de tendresse qui déborderaient subitement, ou que je concevrais, comme cela, tout d'un coup, des sentiments que vous ne vous êtes pas donné la peine de minspirer... Eh bien, non, non, je ne sens
rien. Et c'est horrible. (Elle voit madame de Voves qui pleure.
s'agenouiiiant et l'embrassant.) Pardou, ma mère, pardon.
MADAME DE VOVES.
Ah! ma pauvre enfant ! C'est à toi de me pardonner.
HÉLÈNE
Ma mère!... Parlez : je suis prête à tout pour empêcher ce duel.
MADAMK DE VOVES.
Non, tu n y poux rien; toi ni personne. Je ne te demande qu'une chose. Promets-moi de ne jamais revoir monsieur de Bretigny. Je neveux pas, je neveux pas que tu passes par où j'ai passé! Je ne te parle phis
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au nom de la vertu et du devoir. Mais ce que tu cherches dans la faute, tu ne l'auras môme pas, entends-tu bien? C'est une chose affreuse que je puisse invoquer ici mon exi)cricnce! Mais si tu savais les angoisses, les terreurs, la honte, Ihumiliation, le désespoir de s'être perdue, d'avoir fait tant de ruines en soi et autour de soi... pour rien, pour un songe qui vous échappe!... Enfin, si tu ne me crois pas, aie du moins pitié de moi! Oui, j'ai été une mauvaise mère et tu as le droit de m'accabler. Mais, du jour où j'ai tremblé pour toi (il a fallu cela, mon Dieu!) et où ta destinée m'est apparue éclairée par la mienne, je me suis si cruellement repentie! Je me suis mise à t'aimer si ardemment! et j'aurais tant voulu te payer un si long arriéré de tendresse!... Épargne-moi donc aujourd'hui et sauvemoi de ce supplice de penser que je suis encore coupable de ta faute!
Ma mère, je vous en prie, ne pleurez pas. J'ai déjà été assez malheureuse : que je n'aie pas encore le chagrin de voir que vous souffrez par moi... Oublions tout cela. Ne vous croyez pas de si terribles devoirs envers moi. Je vous jure que je ne vous rends responsable de rien, ni dans le passé, ni dans l'avenir.