‹ Théâtre de Jules Lemaître. -Chapitre 48 sur 273 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

semble que mon mari seul avait qualité pour intervenir.

MADAME DE VOVES.

André, vous le savez, aime profondément votre mari...

HÉLÈNE

Ce n'est peut-être pas, vous l'avouerez, une raison suffisante pour prendre un pareil rôle... Encore une fois, je comprends votre émotion et je m'y associe. Mais enfin, de quel droit votre fils se fait-il mon défenseur et mon juge?

MADAME DE VOVES, au supplice.

De quel droit?

Oui, de quel droit? Qui l'en a prié? Ne trouvez-vous pas vous-même que son intervention a quelque chose de singulièrement offensant pour moi? C'est ce que monsieur de Bretigny a dû lui dire... Et il a bien fait! Voyez vous-même à quoi aboutit le zèle étrange de monsieur André. Me voilà obligée de trembler pour lui, pour vous, pour moi, — car mon mari peut apprendre quelque chose. Puisque je n'ai point de famille, puisque je suis seule au monde (car, que ce soit ma faute ou non, cette solitude morale n'a point cessé par mon mariage), que j'aLe au moins les bénéfices de cet isolement ! Qu'on me laisse me gouverner toute seule, à mes risques et périls! Mais voilà! Tout le monde se croit maintenant des droits sur moi et contre moi, moi envers qui personne autrefois ne s'est cru des devoirs ! Tenez, je vous aime bien, vous; mais, s'il me fallait prendre parti dans cette affaire, me prononcer entre monsieur de Bretigny et votre fils, qui me déteste, oui, qui me déteste!... j'ai peur de dire ma pensée. De quoi se mêle-t-il enfin? A quel titre se permet-il cette violente intrusion dans ma vie?

MADAME DE VOVES.

A quel titre? Ah! j'aime mieux tout te dire, à loi aussi" Les raisons qui m'ont fermé la bouche me semblent si vaines à cette heure! A quel titre? tu veux le savoir?

HÉLÈNE

Oui!

MADAME DE VOVES.

André se bat pour toi parce qu'il est ton frère, malheureuse!

HÉLÈNE

Mon frère? Vous avez dit mon frère?

Oui, ton frèi'e. Et il le sait.

HÉLÈNE

Mon frère? Comment se peut-il?... Alors vous?...

MADAME DE VOVES.

Comprends-tu maintenant?

Elle tend les bras à Ilélcne, qui reste immobile. HÉLÈNE, à elle-même.

Ma mère?... Ma mère?... Non, rien... Comment cette révélation me laisse-t-elle si tranquille? J'ai peur de paraître impie et abominable, mais c'est ainsi... (un temps.) Vous m'avez aimée de si loin! Dieu! que j'ai été malheureuse dans ce couvent! Les autres avaient des mères qui venaient les voir souvent, qui les emmenaient aux vacances... Moi, je n'avais que les religieuses. Elles étaient bonnes, quelques-unes du moins : mais je sentais bien qu'elles ne m'aimaient pas avec tout leur cœur, comme les mères aiment leur enfant, qu'elles ne pouvaient pas, et que d'ailleurs cela leur était défendu... Il y en avait une, très douce. Ah! corn-

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