‹ Théâtre de Jules Lemaître. -Chapitre 86 sur 273 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

installé ici de grands diables de valets qui ont l'air de se moquer de nous et qui m'empêchent de communiquer librement avec ma vieille Félicité... 11 a appris à monter à cheval... A son âge'. Quelle pitié!

M.ARGUERITR.

Mon Dieu, si ça l'amuse!... Moi, ce qui me fâche, c'est que je ne vois pas du tout quel profit ce pauvre papa retire de l'association. Leur parti réformiste, comme ils disent, me paraît surtout imaginé pour diminuer la situation de papa en le rendant suspect à la gauche, et pour grandir celle du marquis... C'est cela cju'il faudrait faire remarquer à papa, tout doucement, avec précaution...

MADAME LEVEAU

Quand je te dis que cette femme l'a ensorcelé!... Si encore c'était une femme comme une autre, une passionnée, ou même une vicieuse, je souffrirais, mais j'aurais un peu d'espoir... Mais cette femme-là, vois-tu? c'est une accapareuse, une qui tire tout à elle, qui veut tout et qui ne rend rien... Elle me l'a pris tout entier, celle-là, et pour toujours.

MARGUERITE

N'exagère pas. La vérité est déjà assez triste. 11 taiuie encore, au fond.

MADAME LEVEAU

Non, il ne m'aime plus, plus du tout. Elle ne lui a pas permis de me laisser la plus petite parcelle de son affection... Ce que j'ai eu à endurer!... Un jour, il a fait mettre deux lits dans notre chambre... Une autre fois, il a voulu avoir sa chambre à part... Huit jours de suite, j'ai fait démolir son lit par Félicité: huit jours de suite, il l'a fait refaire par son grand diable de valet. J'ai cédé à la fin. Mais je crois que c'est la semaine de ma vie où j'ai le plus pleuré.

MARGUERITE, avec une parfaite candeur.

Oh! par exemple, j'ai toujours trouvé que tu preuais cela trop à cœur... Qu'est-ce que cela fait, au I)Out du compte.'

MADAME LEVEAU

Comment, ce que cela fait!... Mais c'est vrai, je te dis des choses... Je parle, je parle... comme une bête... Enfin, cela fait qu'il me dédaigne, que je lui suis odieuse. — Ah! la mauvaise femme! (Brusquement.) Pourquoi vas-tu chez elle?

MARGUERITE

Elle est très aimable pour moi. Puis cela flatte papa, que je sois l'amie d'une marquise.

MADAME LEVEAU

Puis, de temps en temps, tu y rencontres Ion ami Deslignières... Tout cela est bien naturel, et j'ai tort de t'en vouloir.

MARGUERITE, résolument.

Ma chère maman, je vous promets de ne plus aller chez la marquise.

MADAME LEVEAU

Si tu dois trop souffrir, pourtant...

MARGUERITE

Oh! moi, je ne souffre jamais beaucoup. Enfin, c'est juré et je n'ai qu'une parole.

MADAME LEVEAU, l'embrassant.

Ma pauvre petite !

MAR(;UERITE.

Ne pleurez pas. ma chère maman, et laissez-moi faire.

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