‹ Théâtre de Jules Lemaître. -Chapitre 94 sur 273 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LEVEAU

Pourquoi?

MADAME LEVEAU

Mais parce que... parce que jenai jamais songé à ça, même les jours où je souffrais et où je t'en voulais le plus... parce que ça ne peut seulement pas m'entrer dans la tête... enfin parce que c'est impossible.

LEVEAU

Dis une raison 1

MADAME LEVEAU

Est-ce que je sais?... Une pareille idée... comme ça, tout d'un coup... La religion le défend, d'abord.

LEVEAU

Mais tu n'en as pas, de religion, ma pauvre Amélie. Tu ne vas même pas à la messe.

MADAME LEVEAU

J'y allais quand j'étais jeune fille... Je crois au bon Dieu... j'entre souvent faire ma prière dans les églises. 11 y a comme ça des choses auxquelles on croit sans s'en rendre bien compte. Toutes les fois que, dans ta politique, tu attaquais la religion, je ne disais rien, mais je ne pouvais pas mempêcher d'avoir de la peine. Enfin... qu'est-ce que tu veux? le jour où je me suis mariée, j'ai bien cru que c'était pour la vie, que le bon Dieu m'entendait, et que je n'aurais jamais le droit de lui reprendre ma parole...

Des bêtises! des idées de femme I Cherche une bonne raison, cherche!

MADAME LEVEAU

Il y en a une autre... qui est peut-être la même au

\i-2 LE DEPUTE LEVEAU.

fond. Je ne veux pas te perdre, voilà ! Tu m'as bien torturée, et je ne parle pas seulement de mes jalousies, de mes nuits dattente et de larmes: tu m'as fait le plus grand affront qu'on puisse faire à une femme, en féloignant de moi comme d'un objet de dégoût. Mais du moins, je me disais : i Je porte son nom, je suis toujours sa femme devant le monde, quoi qu'il fasse... Et peut-être qu'il me reviendra... un jour... quand il sera vieux. ï Et maintenant, ce dernier lien, ce dernier petit espoir qui me donnait encore le courage de vivre, tu trouves que c'est trop, et tu veux me l'arracher? Non, non! c'est tout ce qui me reste à moi : je le garde!

LEVEAU

Ainsi, tu refuses?

MADAME LEVEAU

Absolument.

LEVEAU

Mais, tète de bois, puisque je ne t'aime pas! i)uisque je te rends malheureuse ! puisque je te trompe ! puisque j'aime une autre femme!

MADAME LEVEAU

Tu l'as déjà dit, et il faut que tu sois bien cruel pour le répéter.

LEVEAU

Mais c'est toi qui es mauvaise et entèlée! c'est toi qui me déhes, qui me braves, et qui prends plaisir à m'exaspérer!

MADAME LEVEAU, stupéfaite.

Moi?

LEVEAU

Sans doute!

MADAME LEVEAU

Deviens-tu fou?... Comment! c'est toi qui ne veux

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