‹ Théâtre de Jules Lemaître. -Chapitre 93 sur 273 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

mis. Je n'ai été à peu près heureuse qu'au temps où tu ne les avais pas. C'est eux qui t'ont permis de vivre de façon à ne presque plus me voir. C'est par eux que tu as pu rencontrer ta marquise, et cest à cause d'eux qu'elle a l'ait attention à toi.

LEVEAU

Prends garde, Amélie. N'y touche jamais, à celle-là! ou je ne réponds pas de moi, je te préviens.

MADAME LEVEAU

Cela m'est égal. Aujourd'hui je dis tout. Ah! mon* pauvre ami, si fort que tu sois, le jour où tu l'as rencontrée, tu as trouvé ton maître.

LEVEAU

Cela signifie?

MADAME LEVEAU

Je ne suis qu'une bête, tu me l'as répété assez souvent, mais on a tout de même des yeux. Et si je vois clairement les services que tu as rendus à ta marquise et à son mari, je ne vois pas bien ce que tu en as tiré en échange.

LEVEAU, avec un lire faux.

Ha! ha! ha! je ne m'attendais pas à celle-là, par exemple! Alors, c'est moi qu'on roule, et je ne suis qu'un nigaud? Furieux.) C'est stupide, sais-tu bien? ce que tu dis là, c'est stupide ! Et tu ne te doutes pas à quel point c'est maladroit, i)ar-dessus le marché! La femme dont tu oses parler ainsi m'est absolument dévouée, et elle m'en a donné les preuves les plus évidentes. C'est un grand cœur et une merveilleuse intelligence. Elle est ma meilleure amie et la plus désintéressée. J'ai pour elle le plus profond respect et la tendresse la plus reconnaissante. Enfin, je l'aime, entends-tu? je puis bien te le

dire à présent, puisque je ne t'apprends plus rien et que ton espionnage me meta l'aise... Je l'aime uniquement, et je ne sais ce que je donnerais pour qu'elle eût été la compagne de ma vie.

MADAME LEVEAU

Ne dis pas cela! ne dis pas cela! c'est trop méchant. Aie un peu pitié de moi. J'en ai tant sur le cœur depuis si longtemps que je me tais! C'est pour ça que j'ai été maladroite en te parlant et que je t'ai mis en colère... C'est que, vois-tu, je ne peux plus supporter celte vie-là, je ne peux plus. Je te jure que je suis à bout de forces!...

Un temps.

LEVEAU, très calme.

Si tu ne peux plus supporter cette vie-là... c'est bien simple. Il y a un moyen d'en sortir.

MADAME LEVEAU

Quoi?

LEVEAU

Le divorce.

.MAD.\ME LEVEAU, ayant peine à comprendre.

Le divorce?

LEVEAU

Sans doute. Je te rends affreusement malheureuse, n'est-ce pas?

MADAME LEVEAU

Oui, affreusement.

LEVEAU

Eh bien! demande le divorce contre moi.

Ça n'est pas sérieux, n'est-ce pas?... Le divorce! Ah! jamais, mon Dieu, jamais, jamais!

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