LÉANDRE, PIERROT
PIERROT, tout essoufflé.
Air : L’amour me fait, ton, Ion la.
Qui, diantre, vous arrête?
Vous me faites courir....
Monsieur, la barque est prête.
LÉANDRE
Ali! laisse-moi périr!
L’amour me fait, lon-lan-la, L’amour me fait mourir.
PIERROT
Air : L’autre nuit j’aperçus en songe.
Qui vous trouble donc la cervelle?
ARLEQUIN TRAITANT
LÉANDRE
L’événement le plus fatal.
Apprends qu’un indigne rival Va posséder mon Isabelle.
Il faut, pour terminer mon sort,
Que je me donne ici la mort.
(Il tire son épée, et veut s’en percer.
PIERROT, lui saisissant le bras.
Am : Quand on a prononcé ce malheureux oui.
Mais vous n’y pensez pas. Morgué, quelle sottise De faire tant de train pour cette marchandise!
Vous en aurez un jour tout chargé votre cou,
Et vous direz alors : Bon Dieu, que j’étois fou!
LEANDRE, cherchant à se débarrasser.
Air : La ceinture.
Laisse-moi.
PIERROT, lui arrachant son épée.
Non, je ne veux pas.
LÉANDRE
Rends-moi ce fer.
PIERROT
Vaine prière.
LÉANDRE
Je vais donc chercher le trépas Dans cette profonde rivière.
(Léandre s’échappe des mains de Pierrot, le renverse, et va se précipiter dans la rivière. N’ayant pas lo courage de se jeter à l’eau pour sauver son maître, Pierrot s’écrie :
Ali! mon pauvre maître!... Au feu ! au feu!.... Allons chercher monsieur le docteur.
(il sort en courant.)