I.E TABELLION
Mais pourquoi as-tu plus d’amitié pour lui que pour elle?
Je n’en sais rien.
LE TABELLION
Je le devine bien, moi. C’est que Léandre est un jeune officier, lieutenant de sa compagnie, qui a un plumet rouge, une cocarde blanche. Oli !. dame ! tout cela échauffe bien l'amitié dans le cœur d’une fille.
COLETTE
Air : Attendez à demain, mon voisin.
Il est vrai que je l’aime Comme on aime un cousin.
LE TABELLION
Il en use de même Pour couvrir son dessein.
Ali ! morbleu qu’il est fin Le cousin !
Ali ! morbleu, qu'il est fin.
COLETTE
Vous vous I rompez, mon oncle.
LF, TABELLION.
Air : Voulez-vous savoir qui des deux?
Lorsqu’on veut, sans lui faire peur,
Avoir le bail d’un jeune cœur,
Comme on craint que, pour cette affaire,
If ne demande caution,
£cî:ne m.
L’amour est l’adjudicataire Et l’amitié le prête-nom.
COLETTE
Vous vous trompez, vous dis-je. Léandre ne dissimule point son ardeur.
LE TABELLION
C’est donc toi qui caches la tienne. Mais, ma pauvre Colette, tes finesses sont cousues de fil blanc, z Air : Je passe la nuit et le jour.
Quand, près de toi, ce beau cousin,
En petit-maître se trémousse,
Comment reçois-tu ce badin ?
COLETTE
Hé, mais vraiment, je le repousse.
LE TABELLION
Tu le repousses plaisamment !
Tu t’y prends si nonchalamment,
Si doucement, si mollement,
Qu’il y revient à tout moment.
COLETTE
Ab ! mon oncle, que vous expliquez mal la manière dont je reçois les airs familiers de Léandre !
Air : Comme un coucou que V amour presse. Devez-vous, sur des apparences,
Juger que je l’aime, en effet ?
Ce sont de petites licences Que le cousinage permet.