SACRIFICATEURS
LE GRAND SACRIFICATEUR
Air : Quand je tiens ce jus d’octobre.
De votre glorieux supplice
Je viens vous annoncer l'instant.
Tout est prêt pour le sacrifice ;
Venez, seigneur, on vous attend.
Le nouveau Roi paroît fort étonné de ce compliment. Le Grand Visir lui parle à l’oreille, et l’instruit de la loi. Arlequin n’est pas plutôt au fait, qu’il s’abandonne à sa douleur.
ARLEQUIN
Air : Or, écoutez , petits et grands.
C’est donc pour répandre mon sang Qu’on m’a mis dans un si haut rang !
Le sort me gardoi" pour victime ;
G’étoit son dernier coup de lime.
Mes pleurs, puisqu’on va m’immoler,
Coulez, hâtez-vous de couler.
Les sacrificateurs dépouillent Arlequin de son habillement de prince, et commencent à le revêtir d’un habit de victime tout parsemé de pierreries. Pendant qu’ils le déshabillent, il met la main dans la poche du Grand Sacrificateur, et lui dérobe sa bourse, par l’habitude qu’il a de voler; mais à peine a-t-il fait le coup que, se souvenant qu’il va perdre la vie, il jette la bourse, en faisant connoître par ses gestes que ce vol lui est inutile. Il pleure, et se désespère. Le Grand Sacrificateur, choqué de la répugnance que le nouveau Roi paroît avoir pour le sacrifice, lui dit d’un air indigné :
LE GRAND SACRIFICATEUR
Air : Menuet d’Hésione.
Vous allez mourir pour l’Idole;
Vous êtes couvert de bijoux :
D’un mortel qu’ainsi l’on immole
Le sort doit faire des jaloux.