ACTE III, SCENE V
ARLEQUIN
Monsieur le Grand Prêtre, de grâce,
Si ce destin vous paroît doux,
Vous n’ayez qu’à prendre ma place.
LE GRAND SACRIFICATEUR, baissant Ica yeux d’un air hypocrite
Cet honneur n’est point fait pour nous.
Pendant ce tems-là, l’esclave Grecque, qui a son mouchoir à la main, pousse des cris et fait toutes les démonstrations d’une amante désespérée. Enfin Arlequin s’approche d’elle et lui dit :
ARLEQUIN
Air : Mon 'père, je viens devant vous.
Je vais remplir mon triste sort ;
Il faut partir, chère mignonne ;
On va me conduire à la mort :
Mais, hélas! avec vous, bouchonne,
Je n’ai folâtré qu’un instant !
Est-ce assez pour mourir content ?
LA GRECQUE
Air : Comme un coucou que l’amour presse.
Gonnoissez toute ma tendresse*:
Je cours à l’autel avec vous.
Allons, il faut que la Prêtresse D’une pierre fasse deux coups.
Arlequin en cet endroit fait tous les gestes d’un héros de théâtre qui s’afflige sans modération. Ensuite il dit :
ARLEQUIN
Air : Nous sommes demi- douzaine .
Ma douleur se renouvelle Par ces amoureux discours.
O fortune cruelle !
Soûle-toi de mes jours.
100 ARLEQUIN, ROI DE SERENDIB
ARLEQUIN ET LA GRECQUE, ensemble.
Hélas! hélas! une chaîne si belle,
De si tendres amours,
Hélas ! hélas ! une chaîne si belle Devait durer toujours.
Arlequin s’arrache avec violence des bras de l’esclave qui le retient. Il suit les sacrificateurs. La Grecque redouble ses cris, et cependant sort par la coulisse opposée à celle par où les prêtres emmènent Arlequin.
Le théâtre change, et représente la Pagode ou Temple de l’Idole, dont la porte est fermée. On voit la mer dans le lointain. Le Grand Sacrificateur et la Grande Prêtresse avec sa confidente, viennent chanter la gloire de Késaya.