‹ Théâtre de la foire; recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, précédé d'un essai historique sur les spectacles forains (volume 2)Chapitre 94 sur 408 · LE DESTIN, LE GRAND-PRÊTRE, COLIN · texte numérisé non relu

LE DESTIN, LE GRAND-PRÊTRE, COLIN

COLINETTE,

COLIN

Air : Mon père, je viens devant vous.

Ministre du Destin, bonjour.

Je vous amène Colinette,

De tous les hameaux d’alentour La bergère la plus parfaite,

De nos jeunes beautés la fleur.

(1) Floridor était un comédien remarquable, dont le souvenir vivait encore plus de soixante ans après sa mort. Né d’une famille de gentilshommes, en 1608, Josias de Soûlas, sieur de Prinefosse, quitta une place d’enseigne dans le régiment de Rambure, pour se livrer à son goût pour le théâtre. Il joua d’abord la comédie en province, sous le nom de Floridor ; mais son talent ne tarda pas à le faire remarquer. Il vint, en 1640, à Paris, débuta dans la troupe du Marais, et passa en 1643 à l’hôtel de Bourgogne. « Il remplissoit, dit La Porte, l’emploi des premiers rôles d’une façon si noble et si naturelle, qu’il fit oublier tous les acteurs qui avoient joué avant lui. » Ayant une grande distinction dans la tenue et dans les manières, il possédait encore le don de l’éloquence ; aussi Pavait-on choisi pour l’orateur de la troupe. Les compliments de Floridor faisaient en général autant de plaisir que son jeu sur la scène. Cet excellent acteur, que les comédiens de son temps cherchaient tous à imiter, mourut au mois d’avril 1672, à Page de soixante-quatre ans.

LE TEMPLE DU DESTIN

COLINETTE.

Colin est un berger flatteur.

LE GRAND-PRÊTRE, à Colin.

Air ; Va-t’en voir s’ils viennent.

Cet objet apparemment,

Colin, vous enchante?

COLIN

Jusqu’à mon dernier moment,

Je l’aimerai tendrement.

LE GRAND-PRÊTRE, à Colinette.

Colin a raison, vraiment,

Vous êtes charmante.

COLIN

Air : Allez à vêpres , no nettes.

Lorsque je vois Colinette Arriver dans un vallon,

Je prends vite ma musette,

J’en fais entendre le son.

Et, quand je m’approche d’elle,

Pour prendre sa blanche main,

Je m’aperçois que la belle Fait la moitié du chemin.

COLINETTE, au grand-prêtre.

Am : Trop de plaisir, cher Tircis, m’inquiète:

Avec transport, à mes pieds- il se jette ;

Il m’entretient de son ardeur secrète.

LE GRAND-PRÊTRE

Et vous l’aimez* n’est-ce pas, Colinette ?

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