ACTE I, SCÈNE VIII
ARLEQUIN
Air : Vous m’entendez bien.
Très-volontiers. Expliquez-vous.
BARBARIN
Mon cher, vous savez qu’entre nous,
Certaine manigance....
ARLEQUIN
Hé bien!
BARBARIN
Mérite récompense,
Vous m’entendez bien.
ARLEQUIN
Non, parbleu.
BARBARIN, sur le même air.
Pour vous l’expliquer en deux mots,
C’e’st par moi que nombre de sots Vous ont ouvert leur bourse.
ARLEQUIN
Hé bien !
BARBARIN
Reconnoissez la source.
ARLEQUIN
Vous n’en aurez rien.
BARBARIN, avec colère.
Quoi! vous ne voulez pas me faire raison d’un gain aussi légitime que celui-là?
ARLEQUIN
Mais vous, monsieur Barbarin, m’avez-vous fait raison du gain que^vous avez fait sur l’escompte des billets de notre compagnie? Vous avez compté de la perte à huit sols en dbdans , et vous avez négocié à quatre sols en dehors.
ARLEQUIN TRAITANT
BARBARIN
Mais vous, m’avez-vous fait part du profit de ces doubles emplois de dépense que vous savez?
ARLEQUIN
Mais vous, quel compte m’avez-vous tenu de ce coup hardi que j’imaginai dans l’affaire des vivres? Après le naufrage concerté de ces dix bateaux de farine, vous m’avez fait accroire qu’il n’y avoit que quinze cens sacs de plaire, et je sais qu’il y en avoit plus de quatre mille. Allez, vous êtes le plus grand des fripons.
BARBARIN, ôtant son chapeau.
Après vous, Monsieur.
Air : Quand je tiens de ce jus d’ octobre.
On n’a point vu d’un misérable
Barbarin escroquer d'avis.
ARLEQUIN
Aussi tes plaisirs et ta table,
N’en ont pas été mieux servis.
BARBARIN
Je n’ai jamais retenu, comme vous , un sac de louis d’or donné par un confrère pour un sac de mille livres en argent.
ARLEQUIN
Pourquoi se méprenoit-il? Ce n’est pas ma faute.
BARBARIN
On ne me reprochera pas, comme à vous....
ARLEQUIN
Air : Mon père, je viens devant vous.
Taisez-vous, insigne coquin.
BARBARIN
Oui, j’en suis un, je vous le passe;
Mais jamais, ainsi qu’Arlequin,