ACTE I, SCÈNE XI
ARLEQUIN
Un champignon! cela n’est pas mauvais; mais je ne voudrois point d’un vilain fond noir comme cela.
^ M. BLAZONNET.
Si vous voulez, on y mettra du sinople.
ARLEQUIN
Quelle drogue est-ce que du sinople ?
M. BLAZONNET.
C’est du vert.
ARLEQUIN
Je suis las des couleurs.
M. BLAZONNET.
Vous aimerez peut-être mieux ce pourceau d’or en champ de gueule.
ARLEQUIN
Très-bien !
M. BLAZONNET.
Il a trois glands dans le groin, avec cette devise latine : Virtuti débita merces.
ARLEQUIN
Fi ! la vilaine devise !
M. BLAZONNET.
Mais, Monsieur....
ARLEQUIN
Mais, je n’en veux point. On diroit que j’ai été mercier. Oui, débita merces, il a débité de la mercerie.
M. BLAZONNET, souriant.
Laissez-moi faire; je sais ce qu’il vous faut.
arlequin.
Combien me demanderiez-vous, monsieur Blazonnet, pour faire passer une noblesse en fraude à mon profit?
ARLEQUIN TRAITANT
M. BLAZONNET.
Diable! Il y a bien du travail à cela!... Un millier d’écus....
ARLEQUIN
Gomment !
M. BLAZONNET.
En conscience, ce n’est pas trop de mille écus.
Je ne sais point marchander; je vous donnerai les deux sols pour livre de cette somme-là.
M. BLAZONNET.
Hé, morbleu ! vous ne savez pas la peine qu’il coûte à embrouiller certaines rotures qui....
ARLEQUIN
Quelle peine trouvez-vous à cela?
M. BLAZONNET.
Malepeste! tenez, Monsieur, pour vous parler net, c'est que plus le linge est sale, plus il y faut de savon.
ARLEQUIN, en colère.
Attends, attends, insolent, je vais te donner du savon, moi.
(Il conduit M. Blazonnet à coups do batte.)
M. BLAZONNET, s’enfuyant.
A l’aide ! au meurtre ! on m’assassine !