ACTE II, SCENE I
Air : Quand je tiens de ce jus d’octobre. Puisque désormais tu dois être Compagnon de ces garnemens,
Il faut qu’on te fasse connoître La cause de leurs châtimens.
ARLEQUIN, montrant un criminel à qui un vautour déchire le cœur.
Air : Comme un coucou que l’amour 'presse.
Ne vois-je pas là Prométhée Qui filouta le feu des cieux?
BELPHÉGOR
Non. Sa peine étoit limitée;
Nous l’avons mis en d’autres lieux.
Dans les Champs-Elysées.
ARLEQUIN
Am : Le démon malicieux et fin.
Et qui donc le remplace à présent?
BELPHÉGOR
Un gascon, vain, fripon, médisant.
ARLEQUIN
Qu’a-t-il fait?
BELPHÉGOR
De mainte honnête femme Il déchira la réputation.
Ce vautour, en lui déchirant l’âme,
Au crime égale la punition.
ARLEQUIN
Air : Bannissons d’ici l’humeur noire.
Si vous mettez à telle gêne Ceux qui tiennent pareils discours,
Seigneur Démon, je suis en peine Où vous trouverez des vautours.
BELPHEGOR, lui montrant un homme attaché à une roue.
Air : Mon 'père, je viens devant vous.
Regarde avec attention.
ARLEQUIN TRAITANT
Cet homme qu’on tourne sans cesse,
A pris la place d’Ixion.
ARLEQUIN
Eh bien, dites-moi quel homme est-ce?
BELPHÉGOR
C’est un célèbre médecin.
ARLEQUIN
Ergo, très-célèbre assassin.
BELPHÉGOR
Justement.
Air : Du cap de Bonne-Espérance.
Sur celui de certain livre Il établissoit son plan ;
Croyant que l’homme pour vivre N’avoit pas besoin de sang.
Il le tiroit?
BELPHÉGOR
Oui, sans doute ;
Jusqu’à la dernière goutte Monsieur le laissoit couler,
Pour le faire circuler.
ARLEQUIN
Fort bien. Et vous faites circuler le docteur à son tour.
Air : Tu croyois en aimant Colette.
Mais quel est ce grand escogriffe Qui roule un rocher sur ce mont?
N’est-ce pas le pauvre Sisyphe?
BELPHÉGOR
C’est le poète Rodomont.
ARLEQUIN
Oh ! oh !