‹ Théâtre de la foire; recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, précédé d'un essai historique sur les spectacles forainsChapitre 127 sur 331 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

BELPHÉGOR

Air : Vautre jour au bord d'une fontaine.

Ce pied-plat de poète lyrique Fit grand nombre d’opéra ;

Partout il y défigura Les Dieux et la gent diabolique.

Aussi les vit-on trébucher Toujours comme ce rocher.

ARLEQUIN

Air : Quand on a 'prononcé ce malheureux oui.

Y sera-t-il longtemps? Quand lui ferez- vous grâce?

BELPHÉGOR

Lorsqu’un pareil auteur viendra prendre sa place.

ARLEQUIN

S’il ne faut qu’un auteur d’un mauvais opéra,

J’en vois un près d’ici qui le remplacera.

Arlequin montre du doigt un homme assis sur le théâtre, parmi les spectateurs. Cet homme se lève en colère, et apostrophant Arlequin, lui dit :

l’homme.

A qui en veut donc ce maraud? (aux personnes qui sont à côté de lui.) Laissez-moi passer, s’il vous plaît, Messieurs.

Il s’avance sur le théâtre d'un air furieux, et dit, en donnant de ses gants par le visage d’Arlequin et de Belphégor.

Vous êtes de plaisantes canailles de....

ARLEQUIN, se démasquant.

Comment, Monsieur, est-il permis de venir ainsi sur un théâtre interrompre un speclacle?

L’iIOMME, lui donnant uii coup de poing.

Tais-toi, gueux.

ARLEQUIN, criant de toutes ses forces :

A la erarde ! à la snrde !

La garde arrive sur le théâtre, ce qui laisse le spectateur dans l’attente d'un événement sérieux ; mais l’homme, qui se trouve être un acteur, chante :

212 ARLEQUIN TRAITANT

Air : Voulez-vous savoir qui des deux ?

Je vous trouve bien insolens De critiquer d’honnêtes gens.

Il est interrompu en cet endroit par les cris de surprise des spectateurs qui reconnoisscnt agréablement leur erreur.

C’est bien à des acteurs de foire,

Trop indignes de mon courroux,

D’oser ici flétrir ma gloire.

ARLEQUIN, remettant son masque.

Hé, pourquoi le prendre pour vous?

BELPHÉGOR

Atr : Je ne suis né ni roi, ni 'prince .

Cet homme de peu de cervelle Vient se brûler à la chandelle :

Il arrive fort à propos.

Oui, pour prix de son incartade,

Je vais lui mettre sur le dos La pierre de son camarade.

Belphégor l’emmène au fond du théâtre, où il lui met sur les épaules la pierre de Sisyphe, mais l’acteur la replace sur le dos du poëte qui en étoit chargé, et il se retire. Belphégor revient et continue à faire remarquer à Arlequin les criminels :

Air : Réveillez-vous, belle endormie.

Observe ces femmes perfides Qui veulent remplir ce tonneau.

ARLEQUIN

Seroient-ce encor les Danaïdes?

BELPHÉGOR

Non, vraiment; c’est du fruit nouveau. - Air : On n’aime point dans nos forêts.

Ce sont des filles de Paris,

Qui, pour fournir à leur dépense,

Réduisirent leurs favoris A la plus affreuse indigence,

Sans en avoir jamais assez.

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