ACTE II, SCÈNE I
ARLEQUIN
G’étoient de vrais tonneaux percés.
Et ces pauvres diables qui sont en presse sous cetle grosse montagne?
BELPHÉGOR
Air : Si dans le mal qui me possède.
C’est une clique téméraire D’auteurs, grands ennemis du grec;
Des modernes qui, sans respect,
Se sont élevés contre Homère (1).
Vous recevrez en peu de tems
Un café plein de ces Titans. ,
BELPHÉGOR
Air : Je ne veux point troubler votre ignorance.
Tourne les yeux sur cette onde fatale.
Reconnois-tu cet honnête habitant?
ARLEQUIN
A son maintien, je le prends pour Tantale.
BELPHÉGOR
Ce n’est plus lui, c’est un fameux traitant.
(1) L’auteur fait ici allusion à la querelle qui s’éleva entre Houdart de La Motte et Mme Dacier. Dans la préface de son abrégé ou plutôt de sa parodie de l 'Iliade d’Homère, La Motte s’était permis de juger assez sévèrement le prince des poètes. Mme Dacier releva avec une certaine vivacité cette critique dans son traité des Causes de la corruption du goût , et le monde savant se divisa alors en deux camps. D’un côté, on vit entre autres l’abbé Terrasson, de l’Académie des sciences, et le P. Hardouin, de la Compagnie de Jésus, prendre le parti de La Motte ; mais, d’autre part, Mm0 Dacier, qui d’ailleurs n’avait pas besoin d’ôtre soutenue, se voyait particulièrement appuyée par Gacon, le poète sans fard, et par l’académicien Fourmont, professeur au Collège de France. Houdart de La Motte fut vaincu dans cette lutte, mais on doit reconnaître qu’il succomba avec esprit.
ARLEQUIN TRAITANT
Un traitant ! Ciel ! qu’a-t-il donc fait ?
BELPHÉGOR
Demande-le lui.
ARLEQUIN
Air : Perroquet mignon.
Traitant, mon garçon,
Dis-moi sans façon Pour quel sujet te punit-on De cette manière?