UN GARÇON
Tian, Colin, v’ià t’n épousée. J ’avons attrapé ce co-
quin-là qui s’enfuyoit (Montrant Scaramouche qui fait la révéronco.) Je l’avons tant bâtonné, qu’il nous a tout dégoisé, et nous a menés là où ils aviont enfarmé Colinette.
ARLEQUIN, à Scaramouche.
Ah! poltron, tu en auras ta part.
COLIN, sautant au cou de Colinette.
Ma pore Golinette! tu me reboutes le cœur au ventre. Ces pendards-là ne t’avont-ils point pris de tes bijoux?
COLINETTE.
Oh! pour cela, non.
ARLEQUIN
On ne lui a pas ôté un cheveu .
GROS-JEAN
Enfans, que ferons-nous de ces vaurians-là?
ARLEQUIN
J’opine pour qu’on nous fasse crever à force de boire .et de manger.
310 LA FORÊT DE DODONE
SCARAMOUCHE
Je suis- de l’avis de monsieur.
GUILLOT
Ils mériteriont bien d’aller faucher le grand pré.
COLIN
Non, non. ils paroissent bons guiables. Je parions qu’ils n’aviont fait ça que pour me faire charcher.
ARLEQUIN
Oui, vraiment. Ce n’étoit que pour rire... Demandez plutôt à Golinette.
COLINETTE
C’est vrai ; car ils me Font dit eux-mêmes.
COLIN
Grand marci, messieurs les chênes.
PREMIER CHÊNE, aux paysans.
Air : J’ai fait souvent- résonner ma musette.
Ne songez plus, mes enfans, a vos peines; Chantez, dansez, ayez le cœur joyeux.
(Aux jeunes chênes.)
A leurs plaisirs, prenez part, jeunes chênes,'
(A Arlequin et à Scaramouchc.)
Et vous, fripons, fuyez loin de ces lieux.
Vous n’avez que faire de nous le recommander. Nous n’aimons point les arbres babillards.
(Aussitôt il sort de deux jeunes chênes deux enfans habillés de feuillage qui se joignent aux paysans pour danser. Après la danse, on chante le branle suivant :)
Am : De monsieur Aubert.
Premier couplet.
COLIN
Ici les bois savent parler.
Il ne faut pas leur révéler